Madame 100 Gênes
Lors d'un essai
de l'ultime version de la R80G/S (MJ N°794 du 23/04/1987), les
rédacteurs, I- Magot et E- Maurice crient au scandale : "BMW
n'a pas su exploiter et faire découvrir les qualités
de la série R80 GS et ST. C'est une honte de saccager ouvertement
et aussi bêtementun produit extrêmement facilement transformable
en moto idéale :
Un beau carénage, un disque supplémentaire, sur une
fourche de plus gros diamètre, quelques CM3 de plus et une
ligne italienne; voilà ce que pouvait faire BMW en 1980, voilà
aussi certainement ce que nous aurons au prochain salon. Mieux vaut
tard que jamais, mais là le temps de réaction est délirant".
Et bien mes enfants, 20 ans après, nombreux sont ceux qui rendent
grâce aux bavarois de nous avoir si mal traités ! Et
remercions les surtout de ne pas embaucher de journalistes dans les
bureaux d'étude.
Ceci
étant, il faut tout de même reconnaître que le
plus aboutit chef-d'oeuvre est toujours perfectible, et une Moto n'est
certes pas un temple Égyptien. Sept ans ont passé, les
concurrents ont réagit en apportant des modifications dans
la définition du concept "gros Trails".
Mais quels
étaient-ils les points si importants à améliorer
sur la 80 : la fourche de 36mm trop souple et insuffisamment rigide,
le frein AV simple disque de 200 mm indigne et la mécanique
manquant de souffle en cinquième, enfin le confort à
améliorer avec unemeilleure protection.
Pardon? L'esthétique? oui euh bon...
Tous ces défauts, que l'on appellerait aujourd'hui "points
d'améliorations", ont trouvé, dès l'origine
leurs solutions, en effet le concessionnaire proposait tout ce qu'il
fallait pour corriger la G/S: pontet rigidificateur pour la fourche,
2ème disque pour le frein, pare-brises et saute-vents de tous
types, il était même possible de monter chemises et pistons
de 1000 pour gagner des chevaux. Seulement la réussite insolente
de la TRANSALP demandait de la part du constructeur une réaction
à la mesure de la bataille engagée, tout en respectant
la philosophie
maison. Sonnez clairons la voilà elle arrive, celle qui poussera
bientôt les allemands de l'est à briser le mur qui les
séparent d'elle, elle, l'aboutissement, la définitive,
on ne fera jamais plus fort... La R 100 GS était née!
Le constructeur nous avait pondu entre temps la R65G/S, qu'il faut
bien citer, celle-ci reprenant la partie cycle de la R80G/S, utilisait
le moteur "course courte" des R 65, si la puissance était
presque identique, le couple lui s'effondrait, tout cela avec un poids
et un prix quasi identique.
Il en apparaîtra quelque unes chez nous dans la police et la
gendarmerie jusqu'au début des années 90, avec pour
les dernières d'entres elles, l'adoption du réservoir
de la R 100 G/S, mais jamais de paralever.
Septembre
1987, la R 100 GS est présentée à la presse,
en blanc et bleu et noir et jaune, et si les journalistes se montrent
déçus par le peu évolution esthétique,
ils louent unanimement les corrections faites et encensent littéralement
les nouveautés techniques apportées par ce nouveau modèle
: "Ne vous y trompez pas, la nouvelle R 100 GS n'est pas un simple
replâtrage de la R 80G/S (...) tout en proposant une petite
révolution prête à secouer nerveusement les invertébrés(?)
de BMW: elle ne lève plus à l'accélération."(MJ
N°809); "Sept ans pour en arriver là, c'est plutôt
décevant.(...)métamorphose minimale, ressemblance frappante
avec l'ancienne mais évolution technique conséquente.
C'est sans doute là l'essentiel."(MR N°2811).
La réalité est que BMW ne pouvant se contenter d'une
simple évolution de la R 80 G/S, avait besoin de faire un coup
commercial et voilà le "PARALEVER". Si aujourd'hui
l'on trouve ce type de train AR sur l'ensemble de la gamme BMW il
constituait une grande première sur la 100 GS et sur sa petite
sur 80 GS (qui bien que remplaçant la R80G/S, ne sera
pas importée chez nous avant 1997.), mais nous en reparlerons
de celle-là.
Laissons
le soin aux journalistes de nous expliquer le concept du "PARALEVER":
"para" pour parallélogramme et "lever"
pour bras oscillant, afin de contrer efficacement (-70%) les réactions
engendrées par les forces motrices dans le cas d'une transmission
par arbre. En gros, il faut compenser par une conception géométrique
l'influence des forces de transmission et de freinage sur le comportement
de la moto. Deux possibilités s'offraient à BMW pour
aller dans ce sens : allonger le bras oscillant d' 1m70 (!) ou bien
mettre au point une géométrie à parallélogramme
de ce même bras.
Là je vais faire du mauvais esprit: Je n'ai JAMAIS rencontré
un BMWiste qui se soit plaint des réactions de suspensions
liées au cardan, bien au contraire, ce levant des 2 roues c'est
le pied, avec motricité et stabilité. Encore un truc
fait pour plaire à l'essayeur occasionnel (journaliste!) un
peu comme l'année suivante l'invention de "l'hydractive"
sur la CITROËN XM, dont les habitués n'ont pas vu l'intérêt.
J'irai même jusqu'à dire que si les BM imposent un type
de conduite différent des autres brèles du marché,
au bout de 10.000 bornes on est habitué pour toujours, d'ailleurs
il est de notoriété constante qu'un BMWiste est capable
de conduire n'importe qu'elle moto, attendu que la méthode
imposée par la machine est efficace sur toutes les autres.
Bon
qu'avons nous d'autre? Une fourche avant venant de chez MARZOCCHI
avec des tubes de 40mm et un débattement de 225mm (qui laisse
rêveur aujourd'hui le telelever des BM actuelles...) muni d'un
petit pontet rigidificateur, solution à la faiblesse de l'ancienne
fourche MAICO, mais au détriment de la maniabilité de
la précédente, la chasse du même coup passant
de 95mm à 101mm, avec, il est vrai, une amélioration
notable de la stabilité de la bête.
Nous avons également de nouvelles jantes à rayonnage
extérieur permettant le montage de pneus tubeless, ce qui est
un réel progrès, un réservoir passant de 19,5L
à 26L augmentant significativement l'autonomie de la machine,
et un disque avant passant de 200 à 280 mm avec un étrier
plus gros.
Afin d'abaisser la hauteur de selle (de 860 à 850 et, avec
l'option selle basse, à 800 mm) la roue AR passe de 18 à
17'', enfin, bien sûr, le moteur devient le 1000 par le montage
des chemises pistons de cette cylindrée, portant la puissance
de 50 à 60 CV, avec dans cette version un couple maxi de 7,74
mkg à 3500 tr/mn (50CV et 5,8 mkg à 5000 tr/mn pour
la R 80 G/S) amenant un réel plus sur le cinquième rapport.
Pour finir l'on trouve un petit saute-vent très efficace, même
si il ne paye pas de mine.
Petit rappel historique, si à l'origine l'on vit apparaître
la cylindrée de 800, ce n'était pas un hasard, il s'agissait
de trouver le meilleur rapport alésage/course de cette série
de moteur, n'amenant certes pas la plus grande puissance mais la meilleure
homogénéité dans le fonctionnement du bouilleur.
Par ailleurs les concepteurs de la 800 G/S (et non GS) avaient optés
pour une jonction des 2 tubes d'échappement sous le moteur,
qui abaissait la valeur absolue du couple et augmentait le régime
correspondant (par rapport à une R80RT, notamment.). Cependant
le système apportait, d'une part une courbe plus plate sur
une plage plus longue, et , cerise sur le gâteau, l'absence
de tube transversal devant le moteur abaissait la température
de l'huile de 2O°C,
d'où l'apparition d'un radiateur d'huile très délicatement
placé sur le pare-cylindre droit sur la 100 G/S, qui retrouve
le tube transversal.
Bilan: La 1000 ne grappille que quelques km/h et quelques secondes
par rapport à l'ancienne 800, ne lui étant réellement
supérieure que sur les reprises sur le rapport final! l'augmentation
de poids n'arrangeant, en la matière, pas grand chose avec
un rapport poids/puissance similaire.
Voici les chiffres
obtenus au Banc MOTO-JOURNAL à quelques mois d'intervalle(N°794
et 831), ceux de la R80G/S étant entre parenthèse:
-Puissancemoteur/trmn: 61CV(57CV)à6500(5900);16,3CV(15CV) à
2000; 57,1(57)à 6000 tr/mn
-couple moteur/trmn:5,8(5,4)à2000;7(6,1)à3500;6,9(7,1!!!)à4500;6,8(6,8)à6000;
6,2(5,7)à7000tr/mn.
-Puissance à la roue AR: 49CV(47CV).
-Vitesse de pointe: 176km/h(171).
-Accélération: 200mDA: 8''2(8''7); 400mDA:13''1(13''8)
-Reprise en 5ème; 60 à 90 km/h: 3''7(5''1);90 à
130km/h: 6''4(8''8). Mais c'est pas interdit
de rétrograder hein?
-Rapport poids/puissance: 3,6 kgs/CV(3,35)
Pourtant il faut bien reconnaître que si il y a bien un défaut
que l'on aurait apprécié de voir
évoluer c'est bien le poids de la bête, et bien, nous
n'assisterons qu'à une augmentation, année
après année, de 20kgs pour la 1000, jusqu'a 80kgs sur
une 1150 d'aujourd'hui, de toutes façons
même les monos F650 affichent le même poids que la première
G/S. Vous avez dit évolution?
Pour
le modèle 1989, l' équipement "PARIS DAKAR"
s'enrichit d'un carénage tête de fourche entouré
d'un tube façon "pare-buffle", histoire d' augmenter
le poids, encore 10KGS de mieux
sans compter le réservoir de 35 l. Ce carénage sera
monté l'année suivante sur le modèle normal,
avec un garde-boue AV sur la roue, qui aurait permis de transférer
l'hideux radiateur d'huile,
enfin...
La réalité
oblige à reconnaître que la dernière version de
la R 100 GS, a beaucoup progressé en finition et équipement
(carénage, montre, compte-tour...), son orientation ayant évolué
vers le
concept routière/tout chemin qui s'est généralisé
dans la catégorie.Si elle a perdu un peu d'aisance en TT et
sur petite route sinueuse, elle est devenue capable d'être une
bonne routière prête à emmener deux personnes
et leurs bagages autour du monde. Ce qui a été fait
à plusieurs reprises par divers aventuriers. quelques mots
sur la R 80 GS, cette version au tarif voisin de la 1000, ne sera
pas importée en France à cette époque. Si elle
reçoit toutes les modifications de la 1000, elle en diffère,
hormis la cylindrée, par l'absence du saute vent et du radiateur
d'huile, en revanche le poids est celui de la 1000, sans les Watts.
Cette R 80 produite essentiellement en rouge n' a été
semble t-il commercialisée qu'outre-Rhin, quelques touristes
Allemand de passage chez nous en sont parfois équipés...
Finalement
cette R 80 aura son heure de gloire. Désirant ressortir une
série commémorative des 75 ans de la marque en 1997,
BMW choisit donc entre toutes la R 8O GS. Pour ce faire l'on va habiller
la GS "paralever" avec le réservoir et la selle des
premières G/S, avec un cadre d 'un joli bleu.
Version secondée par la "kalahari" (non importée)
qui récupère le réservoir et le saute-vent de
la 100 G/S (dommage qu'il ne l'ai pas sorti en 1000...).
La seule réelle innovation étant le système de
recyclage antipollution des gaz d'échappement. De toute façons
les cinquante exemplaires Français ont été tous
vendus en quelques jours...
En conclusion, la R 100 GS, restera dans l'histoire comme la grande
soeur de la R80G/S, proposant un compromis quelque peu différent,
mais tout aussi intéressant, et surtout comme la première
BM à "paralever" (même si la polémique
n'est pas éteinte sur l'intérêt du machin et sur
sa tenue dans le temps.).
Haut
de la page