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LA CITERNE
TAMANRASSET
LE RETOUR
LE NABAB
L'ECROU DE 32



LA CITERNE



La route monte de plus en plus sensiblement, nous nous élevons sur le plateau du Hoggar. Les roches noires sont toujours présentes rendant le paysage encore plus désertique.. Elles sont striées dans le sens de la longueur, montrant des strates différentes, mais toujours noirâtres.. Nous arrivons à un bled et procédons au ravitaillement en essence des véhicules. Le pompiste nous dit que nous avons de la chance, il est resté sans essence pendant 5 jours
et vient d' être livré hier au soir... On l'a échappé belle ! Quelle galère de rester coincé dans un bled comme ça, ou il n'y a quasiment rien, et être obligé de zoner là 5 jours.

Nos jerricans de flotte sont vides et on a soif. Il faut dire que ma consommation personnelle oscille entre 12 et 15 litres par jour et le tout en ne pissant quasiment pas ! Il y a sur le bord de la piste en robinet de flotte. On prend les jerricans, on en ouvre un et on le met sous le robinet. On ouvre le robinet et rien en se passe ! Le robinet grand ouvert pas une goutte ne coule ! Nous appelons le pompiste et quand il arrive nous lui réclamons de l' eau en arabe car il parle très mal français : "Elma, afuen..." "Whalou !" (Il n'y en a pas !). "Whalou Elma ? " "Chouf" "Vois" et il nous entraîne vers une remorque
citerne toute rouillée, qui est la en plein soleil... On se regarde avec Dom, on est assez dépités !

Dom m'a souvent parlé de cette flotte de citerne que nos organismes occidentaux ne tolèrent pas, car ce sont de véritable bouillons de cultures. Seuls les autochtones peuvent la boire sans risque ! Bien que nous crevions de soif, nous refusons poliment. Nous partons dans le bled à la recherche d' eau potable, mais nous n' en trouvons pas. Nous apprenons que l' eau au robinet est coupée depuis une quinzaine de jours et que presque tout le monde ayant une citerne chacun se débrouille en économisant au maximum..

Nous voila dans de beaux draps : On a la pépie, le soleil cogne et pas d' eau potable dans un rayon de 300 kilomètres ! L' eau de la citerne est potable mais pas pour nos estomacs fragiles d' européens, il faudrait rajouter ces petits comprimés, mais nous n' en n' avons pas.. Dans ces moments la, on réfléchit un peu, mais très longtemps et une décision est vite prise : On va boire l' eau de la citerne, on a pas le choix ! On pourrait boire du thé, mais quand on a soif comme nous avons soif, c' est avant tout de l' eau qu' il faut.

Nous retournons donc à la station et accompagné par le pompiste nous allons jusqu 'à la citerne. Le pompiste ouvre le robinet et remplit un petit broc...elle a l' air très claire...cest déjà ça ! On se renseigne bien par signes et gestes qu' on peut la boire, celui-ci pour nous le prouver, boit une grande gorgée dans le broc et nous le tend. Sans hésiter on bascule à notre tour le broc qui se retrouve vide aussi sec ! Cela fait rigoler le pompiste qui le re-remplit et nous le retend : Comme on a vraiment soif, on le vide à deux. On remercie, vivement le pompiste et on lui offre une clope.

On tente de discuter avec lui, mais la barrière de la langue est trop forte, nous n'y arrivons pas. Nous re buvons un dernier coup, tandis qu 'une 404 plateau avec deux hommes en cheiche arrive brinquebalante. Le pompiste va les servir. On se regarde avec Dom, on est nettement mieux, maintenant qu' on est désoiffé ! On ne fait pas de réserve de cette flotte bien sur, en plus on a encore deux heures de route à tout casser, à faire. On saura ce soir si ça passe ou ça casse ! De toutes façons si ça casse il y aura moindre mal, on sera à Tamanrasset !

On repart donc, un peu stressé quand-même à l' idée qu' on est pu attrapé un truc glauque dans l' eau de cette citerne... Le fait d' être sur le haut plateau du Hoggar se fait sentir : Il fait sensiblement moins chaud, l' altitude donne un peu d' air. C' est très net, il fait toujours très chaud, on est dans le sud, mais il y a de l' air. Ce n' est pas la chape de plomb des plaines, c' est plus aéré un haut plateau. Un panneau annonce Tamanrasset à 40 kilomètres. On va enfin pouvoir se laver, se restaurer, se reposer et savoir si ça passe ou ça casse........................

TAMANRASSET

 

La route a fini de s' élever, des bleds annoncent les faubourgs de Tamanrasset. La circulation se fait plus dense, beaucoup de taxis, mais aussi des 4x4 personnels. On voit bien maintenant la ville assez étendue. En y pénétrant je suis étonné par le trafic routier, c' est le plus important que nous ayons rencontré ! Il y a pas de mal de voitures, des autobus aussi, et des mobylettes.

J' ai un peu perdu l' habitude et je fais donc très attention.. Comme d'hab on déboule dans le meilleur hôtel, plein de dinars dans les poches qu' on est ! Pas de piscine dans celui-ci et du monde normalement dirons-nous. La aussi tout à coup ça fait bizarre, après ces hôtels vides... On se douche, se change et comme on se sens nickel, on part en moto traîner en ville. En fait l' eau de la citerne ne nous posera aucun problème. On s' arrête dans une gargote et l' on commande chacun un poulet-frites ! Raaah ça fait 15 jours que tous les jours on bouffe du mouton ça va nous changer !

Dom m' en avait pas mal parlé des poulets de Tamanrasset, mais je suis sidéré quand on nous amène chacun une assiette avec un poulet rôti entier ! Il faut dire qu 'ils sont à peine plus épais qu 'une caille les poulets de Tamanrasset :-) Et oui on est dans le sud algérien, alors il faut pas croire au miracle, pas de poulet de Loué engraissé au maïs, dans un champs d' herbe, plutôt des bestioles faméliques nourris un peu n' importe comment ! Ils sont servis avec des patates, et nous nous régalons...

On part ensuite traînera à pied en ville, il y a un peu d' animation, tout du moins, c' est la ville qui a le plus d' animation que j' ai vu en Algérie et celle qui souffre le moins des pénuries. Bien sur la proximité avec le Mali y est pour quelque chose. Il y a des agences de voyage, des boutiques de souvenirs, certes ce n' est pas les commerces du Maroc, mais il y a des boutiques. Cela fait plaisir et on se balade tranquillement avec Dom.

On rencontre des mecs super qui préparent tranquillement leur descente en Afrique, ils glanent des renseignements à Dom, qui fait le beau, bombe le torse, avec les lunettes de soleil, il y a une minette assez canon avec les mecs, et se pose en Professeur je l' ai fais plus de 100 fois.. Ce qui bien sur fait frémir l' assistance, minauder la minette, bomber encore plus le torse à Dom, qui risque l' implosion d' un moment à l' autre :-) Les autres questionnent sans relâche, à deux doigts de sortir des carnets et de prendre des notes. La minette se fend d' un"Mais tu as jamais eu peur tout seul comme çaaaaaaa..." regardant Dom avec l' air de dire j 'aime les baroudeurs bronzés comme toi tu sais...

Dom souverain la voix grave comme Jean-Pierre Marielle lui raconte le bivouac dans un no-man's land touareg, avec réveil à 4 heures du mat par une compagnie de 4x4, halftracks et tanks qui passent à 10 mètres à peine dans un barouf tétanisant et laissant un nuage de poussière qui met plus de 10 minutes à se lever... La minette est en pâmoison totale, mais son mec commençant à trouver la scène un peu lourde, décide de lever le camp.. Ce qui va donner ce commentaire à Dom : " Canon la minette, mais ses copains un peu nazes quand-même". :-))))

Nous irons ensuite au camping, haut lieu de Tamanrasset : Plusieurs européens sont en instance de départ pour l' Afrique, et il y règne une ambiance assez fantastique. Nous y ferons plein de connaissance et nous reviendrons faire la fête avec eux les soirs... C' était génial ça on passait de tentes en tentes, de camping-car au 4x4, au Pigeot break, et on était toujours bien accueillis, les pétards tournaient, des bières aussi. Et on se racontait nos voyages, Dom souverain donnait des conseils à qui en voulait.

Un peu bêtement, nous n' irons pas au monastère d'Assekrem, Dom me fusillant la chose! "Bof c' est surfait, la route est chiante, ça vaut vraiment pas le coup, etc..." Je regrette bien entendu d' avoir écouter ce jugement stupide ! Il y a en haut du col d'Assekrem ce monastère tenu par les frères du Père Foucauld et une vue magnifique... Il faudra donc que je retourne un de ces quatre à Tamanrasset, ne serait-ce que pour visiter l'Assekrem.

Je profite de cette escale pour vérifier que tout est OK sur la Ténéré. Elle n'a pas consommé d' huile, qui n' est pas sale, et à part le problème de la batterie, introuvable à Tam tout baigne.. Le filtre à air n' est pas du tout ensablé, les pneus sont usés à moitié, à peu près, les plaquettes sont quasiment neuves... J' achète un auto-collant qui signifie je l' apprendrai plus tard : "Va doucement Allah te garde". Je pose également 2 auto-collants d' une agence de voyage de Tam qui sont magnifiques. Elle a une fière allure de baroudeuse ma XT quand-même.

Nous nous reposons, faisant des siestes gigantesques ! Il faut dire que le rythme de descente forcenée de Dom nous a épuisés tous les deux. Même lui le cul dans la bagnole il a morflé physiquement, alors imaginez Bobo ! On trainasse mollement dans la journée, et on bouffe des poulets entiers avec leur frites ! Le programme est tourisme et farniente. Au bout de 3 jours, vient le moment de repartir.....................................


LE RETOUR

 

Dom est assez pressé de continuer, et nous sommes tombés d' accord sur le fait que la piste Tamanrasset-In Guezam était trop hard pour une moto en Août, et donc la décision de se séparer à été prise. Dom continue pour aller vendre sa Pigeot au Mali, et moi je rentre en France.

Cela me mets les boules car je ne poserai pas mes tétines en Afrique ( Mopti, Bakamo, snif....), mais d' un autre coté cela me rassure je ne me sentais vraiment pas en sécurité à suivre ce demi-barge qui démarre comme un louf en plein désert et m' oublie sur la piste ! Et puis le problème se poserait
une fois en Afrique : Quoi faire de la moto ? La remonter par la route ? La vendre ? A refaire ! Mais avec plusieurs motos, et une préparation sérieuse (idem pour l' équipement)... Des amateurs ? Faudrait bien que je le fasse quand-même ! En passant par la Mauritanie... Bon on reprend

Je prend le jerrican de 20L sur le porte-bagage, mon duvet dessus, et le reste de mes affaires tient dans la sacoche de réservoir et le sac à dos...Nous réglons la note de l'hotel, et partons prendre un petit-déjeuner dans un café, ou nous avons pris nos habitudes. Dom me répète ses recommandations :
Pour la partie de piste, je pars avec un taxi ou un 4x4, de façon à ne pas être seul. Je peux aussi me renseigner à In Salah, s' il n'y a pas un convoi de Pigeots, ils parait que cela se fait...

Nous passons ensuite à la pompe à essence, faire le plein des jerricans et des réservoirs. L' essence est très bon marché, en Algérie pays producteur, c' est un des bons coté des passages à la pompe ! On se souhaite bon voyage, et on roule chacun de son coté.D'entrée de jeu, je me sens bien ! La moto ronronne, je n' ai plus à surveiller les rétros pour voir Dom, je suis enfin autonome ! Je peux m' arrêter pour un oui ou pour un non 50 fois s' il le faut sans que cela ne pose aucun problème à quiconque. Je vais enfin rouler à mon rythme de motard. Cela me met une banane fantastique sous le casque !
Comme la route est un billard qui doit avoir moins de 6 mois de réalisation, je mets gros gaz, d' entrée de jeu.

Cela non plus je en le faisais plus avec Dom ! Sa Pigeot un peu fatiguée, bien chargée, cruisait à 110/120 km sur le grand ruban qui semble ne jamais finir. Maintenant je peux me taper un bon 140 km/h de croisière. Je ne vais pas plus vite car, à cause des 20 kilos du jerrican sur le porte-bagage, et la fâcheuse tendance à louvoyer du XT. Si je mets gaz à fond, il me faut presque 1 mètre de large pour les louvoiements ! Ce n' est vraiment pas zen comme pilotage, je reste donc entre 130 et 140 km/h.

Mon seul soucis vient du plot de la batterie dont le trou s' agrandit sans cesse rendant les démarrages incertains. Et mon XT de 88 n'a pas de kick...Dom m' aidait à trifouiller le plot quand le contact ne se faisait plus, maintenant si cela se reproduit, et je suis sur que cela se reproduira, je devrais bidouiller seul. Ce n' est pas la mer à boire, mais c' est agaçant, et en plus il faut descendre-remonter sur la bécane, exercice qui n' est pas mon préféré.

Arrive la portion de tôle ondulée... Je l' attaque mal à l' aise, et comme lors de la première fois j' en chie comme un russe. J' ai beau coincer le réservoir avec mes cuisses comme un fou, m'arquebouter sur les cales-pieds, j' en prend plein les bras.. Je suis même obligé de m'y reprendre à 3 fois ! Deux arrêts pour cause d' épuisement physique...Je bois un petit coup, tire une clope, et je repars.

Je n' insisterai jamais assez sur l' énorme difficulté que représente la tôle ondulée...tant qu' on a pas atteint la vitesse fatidique. Surpris par la difficulté, sûrement pas au mieux de ma forme, je peine énormément à tenir la moto pour atteindre la vitesse, et lorsque je l' atteins enfin, le répit est de courte durée. Un creux plus prononcé, des pierrailles plus grosses et c' est une embardée, avec menace de gamelle comme sanction immédiate.

Ce qui fait que je relâche les gaz et l' effet marteau piqueur reprend immédiatement ! Il faut se rebattre avec la configuration de la piste, et la moto pour atteindre de nouveau les 80 km/h salvateurs... On a l' impression que tous les boulons vont se dévisser et que la moto va partir en pièces ! Il n'y a pas un élément de la moto qui ne soit pris de cette folle agitation. Aucune position de pilotage, n' est satisfaisante, la seule solution je le répète, étant d' arriver,
à prendre assez de vitesse pour éliminer une partie des vibrations.

Quand enfin réapparaît le goudron, quel bonheur ! Je roule à un bon 120-130km/h, le moteur ronronne, tout baigne.. J' arrive dans la portion un peu tournante des gorges d'Arak, et leur paysage lunaire. Et je m' amuse bien ! C' est le seul passage amusant sur 2000 kilomètres. Ensuite la route redevient rectiligne. C' est trop bien d' avoir soudain une vingtaine de kilomètres avec des virages, sans personne ! Je les prends avec pas mal d' angle et en mettant gros gaz pour bien asseoir la moto dans la courbe, c' est un régal ! J' arrive tout à coup sur une Pigeot qui se traîne lamentablement, profitant d' un bout droit je la cabrolise. Comme j' arrive vite sur la prochaine courbe, je tombe un rapport à la volée, et angle à mort ...Derrière j' entends les coups de klaxon enthousiaste du chauffeur de la Pigeot qui a apprécier le spectacle !

Je continue à enrouler, mais les virages se font moins serrés, la route commence à sortir des gorges d'Arak. Elle va vite reprendre sa linéarité, descendant doucement du haut plateau du Hoggar. La température va considérablement augmenter. Il n'y a plus d' air, la cagna tombe telle une chape de plomb. L' air surchauffé monte en volutes translucides tourbillonnantes au dessus de la route. Je croise quelques semi-remorques, et en double un, qui me klaxonne de grands coups de trompe. Ils ne doivent pas voir des motos tous les jours les seigneurs de la route !

Je fais une étape au café de la dune. Le patron m' accueille à bras ouverts ! Je dîne avec des routiers. L' un deux trouvant que je ne devrais pas voyager seul, me propose à plusieurs reprises de charger la moto sur son semi-remorque et de continuer avec lui mon voyage. J' ai beaucoup de mal à le convaincre que je veux faire tout sur ma moto, et non pas avec ma moto dans son camion ! Eux pensent à m' aider et à avoir un passager hors du commun pour leur tenir compagnie ! Je repasse la nuit à la belle étoile, en dégustant, comme à chaque fois, le spectacle magnifique de la voûte céleste..

Le lendemain matin après le petit-déjeuner, le démarreur refuse de fonctionner, il faut trifouiller plusieurs fois la vis dans le plot de la batterie avant d' arriver à démarrer la moto ! Je repars, fais une centaine de kilomètres et m' arrêtes à une station essence pour faire le plein. A mon grand étonnement
le démarreur entraîne le moteur à la première sollicitation.. La vis bouge sans cesse en fait, mais là elle maintient suffisamment la patte pour l'ampérage du démarreur.

Le soleil est à son zénith, et comme je suis redescendu du plateau du Hoggar, la chaleur est plus forte. Je fais donc une escale dans un bled, ou je mange l' inévitable tajine... Un tajine est un ragoût de légumes avec des morceaux de mouton. C' est cuit dans un plat en terre, nommé lui aussi
tajine, posé à même les braises. C' est succulent ! On boit ensuite un thé à la menthe bien chaud, pour lutter contre la soif. La chaleur est accablante, même à l' intérieur de la caseba. Le patron me propose de faire la sieste avec lui dans son auberge.

J' accepte volontiers, car il faut attendre que la chaleur retombe un peu avant de pouvoir reprendre la route. Il tire deux nattes et nous voila siestant mollement sous le ventilateur, à même le sol de l' auberge. Bien sur j' ai suivi ces conseils et rentré le XT avec nous dans l' auberge... Je somnole donc mollement dans la pénombre de l' auberge dont tous les volets sont fermés. De temps en temps une mouche vient malgré le ventilateur, m' agacer et se balladant sur mes bras ou mon visage...

Vers les 4 heures, nous nous étirons. Le patron range les nattes, et ré ouvre son auberge, je sors la moto dehors, pendant qu' il prépare un thé. Le patron me donne son adresse, en me disant quand tu seras en France envoie moi une carte postale, je la mettrai derrière le comptoir.. Plusieurs fois je prendrais des adresses ainsi, et bien entendu de retour j' écrirai à chacun : On a pas le droit de décevoir ainsi quelqu'un qui se met en quatre pour vous et n' attend que des nouvelles de vous !

Je pars tandis qu' il agite la main, et que je réponds de quelques coups de klaxon.. Encore quelqu'un de formidablement sympa ce Hamed ! Comme toutes les algériens rencontrés en fait. Il ne me reste à peine une centaine de kilomètres à faire avant In Salah, que je vais atteindre bien avant la nuit.......................................................

LE NABAB

 

Sitôt arrivé à In Salah je me rue à l'hotel, ou tout le monde me reconnaît et prend de mes nouvelles ! Les algériens sont très gentils, trop gentils même...Cete gentillesse naturelle leur jouant des tours lorsqu' il rencontre un requin.. Ce qui n' est absolument pas mon cas. Ils me demandent des nouvelles de Dom, me demandent si le voyage c' est bien passé, si Tam ma plu, etc...On passe un long moment a discuter.

A peine dans la chambre je suis en slip et je fonce à la piscine ! Dans ma hâte de plonger je vise un peu court et me ratatine le doigt de pied gauche sur le bord de la piscine. Ou nom de nom que ça fait mal ! Quel abruti je suis... Je fais la planche et me masse l' orteil douloureux, la douleur restera 2 ou 3 jours, mais sans être ni insoutenable, ni invalidante. Heureusement il ne manquerai plus que je me casse le pied ! Je me prélasse dans un transat, hors de la piscine en massant mon orteil douloureux et me maudissant.

Je vais ensuite faire un tour en ville, ou je rencontre Mohamed, jeune étudiant, qui me fait visiter sa ville... Et la je découvre In Salah sous une autre couture. Il passe voir des amis à lui, commerçants, et me présente comme "le français qui voyage seul à moto" ce qui à chaque fois provoque l' admiration... Mohamed me fait remarquer des détails architecturaux qui m' avaient échappés. Nous passons ensuite par la case, La Poste ou je ne pourrais malheureusement pas obtenir la communication avec la France. Ah ces séances dans les postes ! Le théâtre ! Il fallait aller à un guichet téléphone. Selon l' importance du bureau, il y avait un seul guichet ou parfois un guichet 'Appel local' et un autre 'Appel Internationnal'.

Il y avait très peu de monde au guichet international c' est clair ! Il fallait ensuite aller se poser ou on pouvait, parfois sur un banc, parfois par terre, et attendre que le préposé crie "La France, vous avez la France" ce qui faisait toujours frémir l' assistance. On partait alors dans la cabine et la communication étant pourrie, avec un écho pas possible, il fallait brailler comme un sourd. Dans le cas présent, le préposé m' avait dit : Je ne peux pas
avoir la France.. Et je n' avais eu qu 'a tourné les talons dépité, ayant attendu pour rien, ah l' attente, le temps à l' africaine, c' est quelque chose, on s' fait bien sur...

J' écris donc rapidement une carte postale pour donner quand-même de mes nouvelles. En fait la moitié du courrier que j' envois n' arrivera jamais ! Bravo l' administration postale algérienne :-) A un moment ma femme était vraiment inquiète, alors que j' avais écrit lettres et cartes postales jamais arrivées. Il était très difficile de téléphoner, voire impossible dans certain endroit.

J' achète ensuite une gourde pour l' eau car avant c' était Dom qui s' en occupait. Je l' entourerai bien sur d' un chiffon humide et l' accrocherai au guidon. Je vérifie le niveau d' huile du XT, jette un oeil aux plaquettes, et remarque que le pneu AR en a pris un sacré coup. Il ne devrait pas me ramener à la maison, il faudra sûrement le changer en Espagne. Le sable est très abrasif... M' enfin un slick suffirait, il ne pleut bien entendu jamais l' été, en Afrique du nord. Et j' ai encore assez de sculptures pour faire la piste.

Je retourne à l'hotel et re plonge aussi sec dans la piscine ! Après avoir lézardé jusqu'au coucher du soleil en sirotant un jus d' orange, le même que celui bu à Aoulef avec Dom, je retourne m' habiller pour dîner ! Enfin je mets un jean et un tee-shirt propre, je n' ai rien d' autre. Je vais me lâcher dans le plus pur style nabab ! Je dîne à la carte, seul dans l'hotel, tout le personnel est aux petits soins pour moi..

C' est quand-même complètement décalé de se retrouver seul dans une salle de restaurant pouvant contenir 150 personnes, avec un maître d' hôtel et une serveuse qui une fois qu 'ils vous ont servis, restent dans les barrages sans rien faire, attendant que vous réclamiez du pain ou de l' eau. De temps en temps les regards se croisent et un petit sourire interrogateur (Tout va bien Monsieur ? Besoin de rien ?) se dessine sur le visage de l' employé.

Je prend ensuite un thé au bord de la piscine goûtant à la relative fraîcheur de la nuit...Ecroulé dans un transat je rêvasse en trempant une main dans la piscine. Je suis comme un pacha, je bénéficie de toute une infrastructure hôtelière de niveau 4 étoiles pour moi tout seul ! Il ne me manque que le harem :-))) Le seul truc qui déconne un peu c' est que je suis tout seul, japper beaucoup plus le truc, si il y avait du monde dans cet hôtel. J' ai un petit coup de blues, un petit coup de mal du pays, cela fait plus de 3 semaines que je suis parti ! Mais cela ne dure pas.

Demain matin je dois me lever tôt pour attaquer la partie de piste, entre In Salah et l' oasis où a la descente j' ai failli me perdre ! Je regagne donc ma chambre, après m' être assuré que la moto, était bien attachée, et que le veilleur de nuit la surveillait. Je me tire un petit pétard, fenêtre ouverte, en admirant encore les étoiles... Le poste de radio laisse échapper une de ces mélodies arabe envoûtante, je m' écroule sur le lit et pars dans les bras de
Morphée comme un bébé............................................




L'ECROU DE 32

Je me réveille à l' aube : Douche, préparations des affaires.. Je vais harnacher mes bagages en attendant 7 heures, heure à laquelle le petit-déjeuner est servi.. Je tiens une forme olympique, il fait bien sur beau, il fait tous les jours beau ! Je reviens ensuite dans la grande salle de restaurant, commande
au garçon qui bâille encore un café et des tartines confitures.. Je tire ensuite une clope et dit au revoir au garçon. Je passe ensuite à la réception, ou je récupère mon passeport gardé en otage, comme toujours dans les hôtels du magrheb.

Après avoir payé la note, je sors, mets mon casque, débéquille et vais grimper sur le moto, quand le portier me dit quelque chose, que je ne comprends pas ayant le casque. Il répète et comme je ne comprends toujours pas, j'enléve le casque. Il me redit : " Tu as perdu un boulon !" " Ah bon ou ça ?"
Et là, il me montre le pignon de sortie de boite qui a en effet perdu son écrou de blocage ! Dingue ça, il tient le pignon, bien en place, mais plus d' écrou de blocage. La tension de la chaîne a du suffire, à le tenir en place ! Depuis combien de temps je l' ai perdu ? Impossible de savoir bien sur...

Encore un tour de la tôle ondulée ! Me voila bien, avec ce pignon qui tient par magie.. Il n' est pas envisageable de partir comme ça ! Je remercie infiniment le portier et lui demande ou je pourrai trouver un motociste. Il m' indique une boutique qui n' ouvrira pas avant 9 heures. Me voila donc coincé comme un rat, obligé d' attendre l' heure d' ouverture des boutiques, pour partir à la recherche de l' écrou. Je défais donc mes bagages afin d' être plus à l' aise dans ma recherche et les ramène dans la chambre ou je m' étend en pestant contre la tôle ondulée, génératrice tous les maux de la terre !

Dés 9 heures je vais chez le motociste indiqué qui n'a pas l' écrou, mais qui m' indique une autre boutique. Je ferai toutes les boutiques possibles et inimaginables, au début les motocistes, puis ensuite les garages auto, puis une casse, puis des drogueries, des boutiques ou on est sensé trouver de tout. Je trouverai des écrous de 32 mais pas au bon pas de vis. Je roule avec beaucoup de précaution,et le pignon ne saute toujours pas, fort heureusement. Il ne manquerait plus que ça ! Il est vrai que je roule à peine, faisant patiner au maximum l' embrayage, et soulageant ainsi la transmission.

A chaque fois le scénario est le même : Recherche effrénée dans le magasin de l' écrou pour me dire à la fin : "Non désolé je n' en ai pas, mais va voir la-bas au coin de la rue, il doit en avoir" Et je repars me disant ce coup la c' est le bon, mais le résultat est le même ! Je commence à désespérer de pouvoir réparer, cette panne vraiment très con...La chaleur monte et il faut repartir dans une autre boutique recommencer le même cinéma. Je commence à me désespérer de pouvoir réparer.

Un coup on m' indique ou continuer mes recherches, un coup on m' accompagne. Cela me semble fou de galère autant pour un simple écrou. Mais les algériens eux trouvent cela normal, habitués qu 'ils sont à cette économie de pénurie perpétuelle. L' heure tourne et je n' ai toujours pas trouvé ce foutu écrou. Je vois le moment venir ou je vais être obligé de faire appel à l' assistance de l' assurance pour faire venir un boulon ici, le plus rapidement possible :-(


Dans un des magasins le patron ayant trouvé un écrou légèrement plus grand, me propose au cas ou je n' en trouve pas par la suite, de le souder sur le pignon. Je retiens sa proposition et continue ma recherche. En vain hélas ! Ayant écumé toutes les boutiques susceptibles d' avoir un écrou je retourne à celle ou la patron m'a proposé de souder l' écrou trop grand. Enfin c' est surtout le pas de vis qui est trop grand, pas de beaucoup, mais suffisamment
pour empêcher de visser correctement. Il n'a pas de poste de soudure, mais m' accompagne personnellement chez un ami à lui soudeur.

Celui-ci a un poste de soudure hors d'age, un écran quasiment opaque, mais selon lui il n'y a aucun problème à souder l' écrou sur le pignon. Il veut même le faire tout de suite. Je lui répond que je préfère enlever le réservoir qui est rempli d' essence avant ! Avec la chaleur on ne sait jamais, pas faire exploser le XT comme ça. Nous enlevons le réservoir, et après avoir nettoyé le pignon, l' écrou est soudé en plusieurs points dessus. La réparation
à l' air solide. Je paye et remercie vivement le soudeur et le patron de la boutique. Celui-ci me demande d' essayer la moto ! Je ne peux pas lui refuser, vu le service qu' il vient de me rendre, mais je n' aime pas ça prêter ma moto, pas ça du tout même..

Il part fier comme un bar-tabac devant ses employés. Pendant la dizaine de minutes ou il partira faire son tour, je me fustigerai moralement d' avoir été assez con pour accepter de prêter ma moto à un mec que je connais même pas ! Je me répète qu' il va se gameller ça c' est sur et que la je serais dans de beaux draps après... Il revient enfin, pilotant dans un drôle de style. Il me dit que la moto pousse fort beaucoup plus fort qu' il ne pensait. Il a juste eu l' occasion de piloter des 125 cm3, c' est certain qu' il doit trouver un changement ! Il est traité en héros par son personnel et des chalands spectateurs.

Il est très fier, mais je vois bien qu' il a du se faire, l'enfoiré, une ou deux chaleurs. La façon dont il m'a dit qu 'elle poussait fort et comment il est arrivé pas complètement maître de la moto, m' ont mis la puce à l' oreille ! A vouloir faire plaisir, j' aurai pu me retrouver à pied ici, avec la moto accidentée..
Pour le moment il commente son essai, avec force gestes et imitation de pilotage, tous sont bouche-bée ! Comme très souvent il glisse de temps en temps un mot en français, dans le flot de ceux en arabe. Un mot sans traduction sans doute, ou alors ou le mot lui vient plus vite à l' esprit en français qu'en arabe.

Les algériens ont tous ce coté théâtral au possible. Ils adorent en rajouter, et la moindre histoire prend des proportions de spectacle ! Pendant la représentation je regarde la soudure et l' écrou, rien n'a bougé d' un millimètre, c' est du costaud ! Mon commerçant a au moins une vingtaine de personne qui écoute attentivement son compte-rendu de l' essai. Nul doute qu' il a apprécié, et qu 'une certaine gloire personnelle va lui en rester. Il est grand de repartir, car la pendule a tourné et il n' est pas loin de midi, ce qui ne m' arrange absolument pas. Je salue donc tous les gens présents et repars à l'hotel chercher mes bagages.........................................


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Fais que ton rêve soit plus long que la nuit...