La dune couvre peu à peu tout le paysage sur la droite, de la route tandis que du coté gauche il reste résolument plat. Cette dune semble un peu incongrue, on se demande en la voyant, ce qu 'elle fabrique à cet endroit ! Elle est longue d' une dizaine de kilomètres, large d' un kilomètre, et doit être haute d' une centaine de mètres. Plus nous avançons plus elle bouche tout le coté droit du paysage ! La route est maintenant à moins d' un kilomètre de la dune. Nous nous approchons encore plus de la dune, et sur la gauche un café routier nommé le café de la dune nous attire.
C' est une bâtisse sans étage, carrée, aux murs blanchis à la chaux. Sur la façade il est marqué en arabe et en français "Café de la dune". Cette dune est vraiment imposante ! Elle bouche tout l' horizon en face du café et le met déjà à l' ombre... Elle faite de plusieurs pans qui n' ont pas la même importance. Des rigoles de ravinement se voit, elle est quand-même très pentue. Il ne serait sûrement très difficile de l' escalader... Il y a une piste en sable bien sur pour atteindre le café, et un emplacement jalonné par des pierres au sol, pour les semi-remorques est prévu. Ce café est en fait un café-restaurant pour routiers.
La encore Dom est reconnu par le patron, qui nous offre le thé. Comme il est 17 heures, nous décidons de faire halte au café. Nous discutons de tout et de rien avec le patron, puis celui-ci, nous laisse, pour aller s' occuper du repas en cuisine. Nous mangeons un super tajine, dans la salle de resto avec quelques chauffeurs routiers dont certains font halte eux aussi. D' autres, après avoir manger, repartiront pour rouler, il n' a pas bien sur de système de disques sur les poids-lourds algériens
Nous discutons un peu avec eux, un charabia de franco-arabe avec les mains... Ils vont dormir dans leur couchette, quand à nous nous dormirons à la belle étoile, derrière le café, près de la caseba du patron... Pour le moment nous admirons le spectacle du soleil se couchant derrière la dune qui flamboit... Cela fait partie des grands moments de ce voyage. La présence de cette dune renforce le paysage désertique. Difficile à expliquer, mais le fait de n' avoir que du sable sur tout le champs visuel c' est déjà très déroutant, mais lorsqu' en plus on a une dune imposante, cela renforce le coté sauvage..
Nous
nous glissons dans les sacs de couchage et tirons un cône chacun en contemplant
la voûte étoilée... Les étoiles ne sont pas les mêmes que chez nous, ou tout du
moins elles ont beaucoup changé de place. Qui plus est l' absence de pollution,
et de lumière parasite, permet d' en voir des milliers
et des milliers...
Nous voyons aussi quantité d' étoiles filantes, je fais bien sur le voeu de
rentrer sain et sauf chez moi. Dom me montre aussi un satellite bien
reconnaissable...
Nous passons un très long moment à contempler le ciel, le spectacle est magnifique, unique.. Dans le sac de couchage, sur du sable on a le meilleur matelas imaginable : une empreinte de son dos !!! Du sur mesure.. Il suffit de remuer un peu de gauche à droite en appuyant de tout le corps et hop on est mieux que dans un berceau.. Il n' y a pas meilleur pour vous remettre le dos en place.
2 chiens faméliques enchaînés gardent les lieux, ils vont passer la nuit à aboyer à tort et à travers, nous gênant un peu pour dormir.
La
lueur du jour naissant nous réveille, et nous nous extirpons des sacs de
couchage. Nous allons faire un brin de toilettes dans le lavabo du café avec un
broc d' eau et prenons un petit déjeuner avec le patron...Du thé, pain et
beurre, on discute un peu en tirant une clope, quand un 4x4 toyota vert et
blanc
s' arrête devant le café..................
3 douaniers descendent du 4x4 et entrent dans le café : "Salam malecum" "Malecum salam..." Ils s' attablent et prennent eux aussi un petit-déjeuner... Quand je parle de petit déjeuner, il faut comprendre du thé, du pain un peu dur avec un peu de beurre légèrement rance et de la confiture d' abricot... Pas penser café-croissants :-)
Au bout d' un moment un des douaniers nous lance : "Français ?" "Oui..." Ils avaient bien sur vu nos plaques d' immatriculation ! Il s' en suit une discussion de routine, sur ce que l' on fait, ou on va, et ou le coté professionnel de nos interlocuteurs ressort un peu :-)
Puis la
conversation commence à dériver sur tout et rien, et changeant de place, ils
viennent s' asseoir à coté de nous, et font péter la tournée de thé ! L' un deux
est intéressé parla moto et me demande : " Grosse cylindrée !" Je lui explique
que ouimaisnon, 600 c' est pas mal pour un mono, mais ça monte jusqu 'a 800,
mais je conviens que par rapport aux twins et 4 pattes ça fait une grosse
gamelle.. Le douanier me demande : "A combien elle va ?"
" 160 km/h" "C' est
bon.." me dit-il avec un large sourire. Il me raconte qu' il a vu l' année passé
un canadien en Harley ! Le modèle devait dater sacrément car selon le douanier
il avait le changement de vitesse au reservoir...Une 750 WC ? Le canadien était
passé par Ghardaïa et El Goléa, n' ayant ainsi que des portions à bitume
!
Mon interlocuteur me dit être passionné par la moto et vouloir s' en payer une dès qu' il le pourra. Je lui souhaite de pouvoir réaliser son rêve le plus rapidement possible..
Tout d' un coup, le chef qui causait vaguement avec Dom, recentre le débat ! C' est toujours le chef qui agit comme ça... Et il pose la question qui tue : "Vous avez une carte de l' Algérie?" On se regarde avec Dom, un peu étonné et on répond que oui... En fait j' ai ma carte dans ma sacoche, et Dom lui la carte, il en a pas besoin ! Il l'a dans la tête, ayant fait le voyage une bonne centaine de fois. Le chef continue nous expliquant qu' il n' ont pas de cartes pour surveiller le coin ! Ils en ont bien réclamé depuis belle luette mais peau de nibe, la seule qu' il ait est une carte algérienne imprécise et fantaisiste ! S' en suit des "Michelin carte française ! Ah la France c' est très bon ...etc... Discours entendu des milliers de fois, la nostalgie les tient ! A ce sujet, n' essayez pas de dégoutter un candidat à l' émigration en lui racontant la réalité sur place, vous ne réussirez pas à briser son rêve !
Le chef toujours continue sur la difficulté de son boulot, qui par exemple pourrait l' amènera nous fouiller des pieds à la tête. Il se plaint de la difficulté de surveiller une zone aussi grande sans carte. Insiste lourdement sur le fait qu' un contrebandier n'a pas une pancarte pour s' annoncer dans le dos, et que nous pourrions par exemple très bien faire de la contrebande ! Il fait ensuite un habile retour sur les cartes Michelin, jusqu 'a ce que Dom habitué à la démarche arabe lui propose de lui ramener, lors de son prochain voyage une carte !
Les
douaniers se transforment en enfants qui attendent le pére-noël ! Ils deviennent
souriants, enjoués et le chef ne renouvellera plus ses suspicions. Ils
deviennent très loquaces nous racontent leurs plus belles histoires de saisies !
L' une d' elle mérite le détour : Une gigantesque barrière rocheuse naturelle
sépare le Maroc de l' Algérie, propice à tous les trafics...Les douaniers ont
trouvés un jour un âne avec deux ballots sur chaque coté, qui avançait seul..
Dans les ballots des magnétoscopes, du shit et un magnéto cassettes avec une
bande sur laquelle était enregistré : "Tic, tic, tic,tic..."
Le cri de l'
anier pour faire avancer la bête !!!
Et l' âne avançait seul au son du magnéto cassette, la saisie du matos et de l' animal n' ont pas permis de connaître le propriétaire de l' âne ni le commanditaire...Des contrebandiers de génie alliant le traditionnel au moderne :-)
L' heure tournant nous disons aux douaniers que nous devons partir. Ils nous souhaitent bonne route, et reconfirme le rendez-vous prit avec Dom pour leur carte Michelin. Nous quittons meilleurs amis du monde et reprenons la route, devant les douaniers et le patron de l' auberge qui agitent leurs mains.............
Nous reprenons donc notre route monotone, rectiligne,
crevassée sur les bords, jonchées de carcasses de pneus, et chauffée à blanc par
un soleil de plomb. Chose curieuse quand j' y repense le goudron ne fondait
pas.. Pas tout à fait la même composition que par chez nous sûrement. Par contre
l' air brûlant, miroitait au loin créant un perpétuel mirage : un lac d' eau
douce qui s' étale. Nous n' atteindrons jamais ce lac d' eau douce
:-)))
Au bout d' une centaine de kilomètres, des barrières en travers de la route et un panneau en arabe.. De toutes évidences la route est barrée, et une déviation est tracée longeant la route. Nous nous engageons dans cette déviation qui est une sorte de piste en latérite, vaguement sablonneuse, mais surtout complètement bosselée ! C' est la fameuse tôle ondulée.. Le mot colle parfaitement, imaginez un toit de tôle ondulée, augmentez légèrement l' espace entre chaque ondulation (creux et bosses), disons de moitié, et arrosez généreusement le tout de gravier, mêlés à du sable !
C' est
exactement ça la tôle ondulée et rien d' autre... J' ignore la raison du
phénomène, le ravinement et le passage des véhicules attaquant les strates les
plus molles, certainement, mais je vous certifie que 30 kilomètres sur ce genre
de piste ça vous casse un bonhomme ! D' instinct on attaque tout doux, style 30
ou 40 km/h : Infernal, impossible de tenir, on prend toutes les bosses et
creux.. Tout vibre d' une façon incroyable, on se dit que la machine
va se
retrouver en pièces détachées ! Même la vue est troublée tant cela vibre de
partout.
Le salut je le savais est d' avoir juste la bonne vitesse pour surfer sur non pas le creux de la vague, mais à son top ! Je ne me souviens plus exactement de la vitesse nécessaire, il me semble que sur cette tôle ondulée la, c' était du 80 ou 90 km/h.. Peu importe c' était beaucoup vu le terrain vraiment rempli d'embuche : Bosses plus importantes, caillasses qui traînent, et partie sablonneuse empêchait de prendre sereinement les 80-90 km/h requis.
Plus vite les vibrations reprennent et la gamelle n' est pas loin... En dessous ça cogne, ça tape, c' est pas possible. Pour atteindre les 80-90 km/h il faut bien sur prendre son élan et on passe par tout un tas de phase tout aussi tuante les unes que les autres... Les cuisses qui serrent le réservoir, les bras en béton, assis, car à vouloir faire le traileux debout, on comprend tout de suite que c' est pas la solution, on soude la poignée, et plus on soude, plus on se prend des coups dans les bras, la fourche est au taquet, l' arrière ne vaut guère mieux, à pomper comme un shadock, et tout vibre pire qu 'une HD déréglée !
Au bout d' un trop long moment, une fois la vitesse prise, on arrive enfin à surfer sur les bosses, c' est donc une relative accalmie.. Mais il faut rester très vigilant : certaines bosses sont plus importantes que d' autres, il y a de la caillasse.. Une embardée ou un saut un peu trop haut et loin et on lâche un peu les gaz et les vibrations démoniaques resurgissent.
A un moment je frise l' état de grâce : Je suis à la bonne vitesse, et je tiens de façon impeccable le XT. C' est l' accalmie dans les trépidations folles, pour peu de temps hélas : de gros cailloux m' obligent à ralentir et immédiatement l' enfer reprend. Il faut à nouveau serrer les cuisses et essorer la poignée, plus que raisonnable pour arriver à nouveau à surfer sur la crête des bosses.
Je ne vois pas le bout de cette déviation ! Quelques croisements heureusement pas de camions dans un nuage de poussière n' arrange rien ! On est obligé de réduire la vitesse et bien entendu les vibrations reprennent. Il reste aussi un nuage de poussière toujours gênant. Enfin nous regagnons le goudron : Je suis brisé, exténué, vidé !
Je négocie une brève halte, en plein soleil bien sur...il n' y a jamais d' ombre au bord des routes du sud, jamais !!! Sauf sous une auto.. Cette portion de tôle ondulée m'a tué, c' est l' enfer ce truc ! D' après Dom en bagnole c' est pas mal non plus, tout vibre à l' intérieur comme si tout allait se casser jusqu'au ce que la vitesse nécessaire soit atteinte... Mais en tout cas on mieux assis dans son fauteuil, que sur une moto. Ou tout du moins c' est beaucoup moins physique en bagnole, qu'en 2 roues.
On
fume une petite cigarette chacun, on boit un coup de flotte, Dom me raconte qu
'une fois il a cassé son pont sur la tôle ondulée. Il a eu de la chance car peu
de temps après passait un français en 4x4, qui a pu le remorquer jusqu 'à un
garage pour réparer. Sur des véhicules anciens comme ceux que descend Dom les
effets de la tôle ondulée sont redoutables ! Je vérifie rapidement que rien ne
ce soit dévissé. Et comme c' est la cagna, on repart aussi sec, mais sur le
bitume.........................................
Quel bonheur de retrouver du bon goudron bien lisse ! Je le répète cette tôle ondulée est le pire moment de pilotage de tout le périple. Maintenant j' ai l' impression de rouler sur un tapis, j' en profite pour me relaxer : J' étire à tour de rôle, chaque jambe, puis je me redresse pour bien tirer sur mes dorsales un peu endolories, ensuite je fais des mouvements de tête un peu dans tout les sens pour assouplir les muscles de mon cou, qui sont tendus. Une fois cette petite gymnastique, faite, je me recule un peu sur la selle, relâche au maximum, la tenue du guidon, et laisse filer la moto toute seule !
Nous
arrivons dans un bled, il est pas loin de midi, nous faisons arrêt essence et
casse-croute... L' aubergiste du coin nous faits des côtelettes de
moutons
grillées avec quelques courgettes et tomates.. On mange toujours un
petit peu la même chose, mais avec la chaleur on a pas un appétit hyper aiguisé.
On boit énormément bien sur à chaque repas. On boit le traditionnel thé et on se
prépare à repartir. Je monte sur le XT pousse le bouton rouge du démarreur et
RIEN ! Coup d' oeil sur le coupe-circuit (on me la fait pas celle-la !) il est
sur ON :-( Test klaxon : rien, voyants : rien ... Ah bon ? J' enlève la selle,
et là stupeur : La patte en plomb trouée du + ou l' on visse le boulon qui tient
le câble est cassé net ! Le câble et son boulon pendent à coté ! Pas bon ! Pas
la peine de chercher pourquoi il n'y a pas de jus...
Voila une des conséquences directes de l' effet destructeur de la tôle ondulée...
Conciliabule avec Dom, mini attroupement.. Le conc le plus proche est à
1500 kilomètres.. Trouver une batterie dans ce bled ? Impensable ! Souder la
patte ? Ça se soude le plomb ? Dom n' en sait rien, moi non plus, un spectateur
prétend que oui et qu' il connaît quelqu'un qui soude très bien... Très
sceptique on le suit et on tombe sur un algérien qui confirme être le roi de la
soudure du coin... Mais quand on lui parle de souder une patte sur un plot
de
batterie il jette l'éponge...pas possible de souder du plomb... Et puis une
batterie de moto c' est minuscule!
C' est bien que nous pensions... Et la XT n'a pas de kick ! Quelle solution pourrions-nous trouver pour re solidariser la patte et la batterie ?
On fume une clope en réfléchissant comment assurer un contact entre ce plot et le câble. On pense un moment rentrer en force le câble dans le trou du plot, mais on ne voit pas comment le faire tenir. Il faudrait pouvoir le visser dedans...
Il est décidé de prendre une vis cruciforme et de la visser en force avec la patte et le câble dans le 'chicot' restant du plot positif.. Ça marche nickel, on visse dans le plomb presque comme dans du beurre :-) Comme la vis est un peu longue, on prend dans la boite à clous de Dom des rondelles et on re fixe le tout. Un test : Contact, témoins allumés, BIP-BIP, klaxon ok ! Un coup de démarreur et hop elle tourne ! Ouf ....
On peut donc repartir, tant mieux il commençait à faire vraiment trop chaud ! Au moins quand on roule ça brasse l' air à défaut de rafraîchir. Le bricolage de fortune tiendra, tant bien que mal, le plomb trop friable s' écartant au fur et à me sure.. La vis prenant du jeu, le contact se fait mal, ou tout du moins le contact n' est pas assez important pour actionner le démarreur. Cela me vaudra moût et moût séance de démontage de selle, tripotage de la vis pour faire contact suffisant à l'ampérage nécessaire au démarreur.. Qui plus est, souvent en remettant la selle, le dispositif bougeait et je n' avais plus qu' à recommencer...Au plus fort de la crise, j' aurai besoin d' un assistant qui enfonce la vis au maximum, pour que le contact soit valable ! Une fois le moteur en marche le faible contact suffisait..
Au fil des kilomètres il faudra remplacer la vis par une de plus gros diamètre, le trou dans le 'chicot' s' agrandissant la limite en diamètre fut vite atteinte...Et il fallut trouver une solution, mais j' en reparlerais plus loin.
Pour le moment nous continuons à rouler, sur notre ruban rectiligne, qui s' élevait un peu petit à petit.. Insensiblement, car il fallait se retourner et regarder la route pour s' apercevoir que l' on montait. Toujours des morceaux de bitume manquants sur un quart de la chaussée par endroit. Et toujours autant de carcasses de pneus de poids-lourds sur les bas-cotés..
Peu de circulation, hormis des semi-remorques et quelques rares taxis 504 Pigeot breaks, souvent bondés et qui roulent à assez vive allure. On continue à monter imperceptiblement, il y a moins de sable sur les cotés de la route, le sol semble plus dur. Nous commençons à atteindre le haut plateau du Hoggar qui est à peu près 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer. A l' horizon se dessine un massif montagneux.........
Au fur et à mesure que la route monte, le relief change... Des collines érodées noirâtres, apparaissent mi-ensablées. Nous continuons et les collines sont de plus en plus importantes, par moment sur l' un des cotés de la route on en suit une sur plusieurs centaines de mètres.
Si l' une est proche de la route, la chaleur de la pierre est plus que sensible : ça brûle carrément ! Tiens ça c' est une des choses qui change fondamentalement en moto par rapport à chez nous : Pas d' odeur, aucune ! Alors qu 'à la moindre balade chez nous, on va sentir, foule d' odeurs, l' herbe, la forêt, le fumier, etc, dans le désert rien de rien, aucune odeur. Par contre le chaud du soleil, du moteur, et de la roche la on est gâté !!!
La route continue de s'éléver et par endroit perd son coté rectiligne. Quelques très, très légères courbettes à avaler plein gaz bien sur ! Disons que ça fait drôle tout d' un coup de ne plus avoir le long ruban devant le saute-vent jusqu 'à l' infini... Les collines de pierrailles noires sont de plus en plus imposantes, et de part et d' autres de la route qui suit en fait une vallée..
Le paysage devient complètement féerique, lunaire presque.. Que de la roche en multiple strates longitudinales, noirâtres, charbonneuses, chauffant la route comme un convecteur... La vallée se rétrécit encore, la hauteur des collines atteint celle de montagnes, nous sommes dans des gorges d'Arak.
Le paysage est d' autant plus surprenant que nous venons de ne voir que depuis 10 jours du sable, et du sable et ce sans limite visuelle aucune à part l' horizon. Tout d' un coup nous voila dans une région montagneuse, mais pas n' importe laquelle : Une montagne noire ...faite d' une multitude de strates horizontales, alternant partie dure, et partie friable..
Les gorges d'Arak deviennent très étroites et seuls l' oued et la rivière peuvent se frayer un chemin entre les pans rocheux. Le tracé de la route commence a ne plus être rectiligne...Le lit de l' oued est assez important, l' hiver quand il a plu, il doit bien être rempli, et ce doit être un torrent qui coule, la ou il n'y a que du sable et quelques rochers.
Des
panneaux annoncent le danger ! Virages sur 10 km ! La route suit l' oued qui se
fraie un chemin entre les pans rocheux. Plusieurs passage à gué coupent la route
et donne lieu à une zone trialisante sympa. Quelques virages dignes de ce nom
aussi avec la montagne à droite et en contre-bas
de 5 mètres le lit de l'
oued... 2 panneaux signalent par un S des courbes dangereuses
!
En effet il y a un flip-flap, suivi d' un 90° à droite débouchant sur 300 mètres droit et un gauche qui se referme un peu.. Pas de quoi fouetter une mouche, juste une série de VRAIS virages.. A prendre en 3 ème, voire 4 ème sur le couple, ce ne sont pas des épingles, et la route est large ! Je prend bien sur mon pied, enfin un peu d' animation dans le pilotage. Mise sur l' angle du XT, qui ne bronche pas, et hop gros gaz, pour profiter du couple. Je m' extrais facilement de la courbe et mets plein gaz pour fondre sur la nouvelle qui se présente. Cela change enfin de cette ligne droite qui ne finit jamais !
Dire qu' il y a moût accidents de locaux !!! 2 épaves de pigeot complètement écrasées le prouve. Cela parait in censé de louper ces virages et pourtant les accidents sont nombreux ! Il y a des panneaux qui annoncent très bien le danger relatif, mais peut-être les accidents sont dus à des défaillances mécaniques ? Les Pigeot sont souvent hors d' age et peuvent être victimes de rupture de frein, voire de crémaillère de direction... Ou alors certains chauffeurs sont vraiment mauvais !
Encore
quelques gués toujours à sec, parsemés de pierres charriées par l' oued quand il
est en crue, et l' étreinte des parois rocheuses se relâche un peu. Par endroit
la route n' est plus goudronnée mais c' est une piste en latérite très roulante.
Il n'y a plus de courbes, la route a repris son tracé rectiligne qui
ne
changera plus jusqu 'à Tamanrasset. On est sur le plateau du Hoggar...On sent l'
air circuler un peu, et même s' il fait chaud ce n' est plus la chaleur
étouffante de la plaine.
Le
revêtement bitumé alterne avec des portions de latérite et même quelques
portions avec un peu de tôle ondulée, mais pas trop méchante. Une autre portion
se présente couverte de caillasse, il faut éviter les plus importantes, et c'
est très fatiguant de slalomer sans cesse comme ça. Heureusement
cette
portion dure à peine 5 kilomètres et nous retrouvons un bitume tout neuf.....La
route vient juste d' être faite à la place de la piste. C' est un vrai billard
et pour une fois il n' y a pas de trous de mites sur le
coté..
J' en
profite pour mettre gros gaz, et partir devant, je roule ainsi pendant une
vingtaine de kilomètres. Je m' arrête ensuite pisser, je fume une clope en me
relaxant un peu et Dom passe. La clope finie, je remet le casque, et repart à sa
poursuite. Cela donne un peu de piment, et m' évite de faire suer à ouvrir la
route à 100km/h en matant dans les rétros. Je le rattrape assez rapidement et le
dépasse car il génére un nuage un sable, même sur cette route quasiment neuve,
il y a déjà du sable qui s' est déposé....
BoBo
YaKomo 2002©
Fais que ton rêve soit plus long que la nuit...