La moto marche toujours impeccable, il faut dire qu' à part les re démarrages suite à arrêt, elle fonctionne tout le temps en 5 ème à un petit 120 km/h ce qui fait qu 'elle est bien en-dessous de la zone rouge. Le gromono a du coffre !
Après
encore 50 kilomètres de ligne droite, mitée et par endroit ensablée, nous
arrivons à Reggane, ville assez importante du sud. Malheureusement l'hotel est
fermé pour
réfection ! Nous voila donc à la tombée de la nuit partis à la recherche d' un
logement dans Reggane. Nous finissons par trouver un hotel-restaurant style
2 étoiles qui a l' air sympa et propre. Nous y dînons des inévitables côtelettes
accompagnés de quelques patates et d' une salade.
Le patron insiste pour que
je rentre la moto dans la salle de resto pour la nuit ! Au début je refuse, mais
il insiste tant, en me parlant des voleurs, que je finis par rentrer dans le
bistrot au guidon du XT !
Ça sera la première fois que je rentrerai dans un bistrot au guidon de ma moto :-)))
Nous
partons dans la Pigeot faire un tour dans Reggane, qui est avant tout une ville
de garnison et cela se ressent ! Il y a des bidasses partout !
Peu d'interêt
architectural, de feeling avec cette ville.
Nous
trouvons un café qui a l' air très animé et nous nous posons en terrasse. Très
rapidement notre voisin nous branche : Il se nomme Abdhul
et il cherche une
pompe à eau de Pigeot.
Cela tombe très bien Dom en a justement une. Nous voila partis vers la voiture pour faire le business ! Abdhul marchande la pompe avec grand art . Tout y passe : Une cicatrice sur l' abdomen (invalide), une photo de ses enfants (6), la main sur l' épaule de Dom, un discours un peu confus sur l' impression qu' il a eu dés que nous sommes arrivés qu' Allah nous mettait sur son chemin, la vie si difficile, etc...
A la fin excédé Dom lâche le morceau et Abdhul emporte la pompe au prix qu' il voulait ! Ils sont très, très forts en marchandage :-) Nous rentrons à l'hotel car nous somme fatigués et une bonne nuit s' impose. Les lits sont mous mais cela devrait aller, il n' y a pas de climatiseur et il fait très chaud.
J' ai oublié de parler dans les épisodes suivants des climatiseurs ! C' est un vrai bonheur bien sur, mais aussi un truc fatal pour la crève ! Il faut les mettre sur mini, pour ne pas avoir l' impression que l' on rentre dans un four lorsqu' on sort dehors et surtout pour ne pas attraper la crève la nuit. En Algérie du sud il y a beaucoup de climatiseurs. Dans chaque hôtels ou nous avons été il y avait un climat. Chez Achour aussi, ainsi que chez Mohamed...
Mais ce soir dans ce petit hôtel de Reggane il n' y en a pas ! Et il est très difficile de s' endormir, vu la chaleur encore suffocante, en plus nous sommes en plein centre ville, et il y des bruits dehors...
Nous arrivons au bout d' un long moment à sombrer dans une torpeur somnolante..............................
Au beau milieu de la nuit, 4 heures du matin exactement, nous sommes réveillés en sursaut par une voix rauque : "Allah ouenque barre, Illa illaa, allah ouenque bar..."
C' est le mezzin, nous sommes juste à coté d' une mosquée ! Toutes les demi-heures il remettra ça, nous réveillant à chaque fois ! Il clame la grandeur d' Allah, rajoute qu' il n'y a pas d' autre dieu qu' Allah, que Mohamed est son prophète et que Allah est grand. Il rajoute que nous pouvons dormir en paix ! Tout ça je l' ai su le lendemain, au petit-déj la tête dans le cul, quand j' ai interrogé le serveur, qui m'a fait la traduction de la litanie qui nous avait empêchés de dormir.
Profitant de l' opportunité, je vais visiter la mosquée, tandis que Dom va acheter une cartouche de butagaz...
Bien entendu je quitte mes sandales comme tout le monde à l' entrée et je pénètre dans le bâtiment. D'emblée je suis surpris par la fraîcheur des lieux ! Les nombreuses ouvertures ciselées dans le dôme font office de climatiseur. Ce qui surprend lorsque l' on rentre dans une moquée c'est le dépouillement extrême qui y règne. Le grand dôme est finement décoré à l' or fin, et écrase de sa grandeur. Pas de statue, ni d' autel, juste ce dôme et un gigantesque candélabre en forme de roue avec de grands cierges qui brûlent sur tout le tour, suspendu à au moins 30 mètres du sol... De l' encens brûle et innonde de ses effluves la mosquée. L' endroit est assez sombre et tout à fait propice au recueillement.
Lorsque je ressors au grand jour la chaleur me suffoque presque et le brouhaha de la rue m' agresse par rapport au silence qui régnait dans l' édifice.
Je retrouve Dom qui a sa cartouche de butagaz et nous partons, mais au bout de 5 kilomètres Dom me fait des appels de phare et s' arrête au bord de la route, je fais demi-tour. Il m' annonce qu' il vient de crever ! Je l' aide à changer la roue et nous retournons à Reggane pour faire réparer la roue, car sa roue de secours est lisse et ils ne veut pas à avoir à détacher et utiliser le train qui est sur la galerie. Nous trouvons assez rapidement un garage qui nous promet de faire le boulot pour le début d' après-midi.
Nous retournons donc manger un tajine dans la gargote et lorsque nous nous pointons au garage les nouvelles sont mauvaises ! La chambre à air est déchiquetée, irréparable et le mécano n' en a pas, il les attend d' un moment à l' autre. En fait les chambres à air arriveront le lendemain, nous obligeant à passer une nuit de plus à coté du mezzin !
C' est donc
très tôt que nous nous levons et allons prendre le
petit-déjeuner.......................
Nous descendons donc dans la salle de restaurant, et prenons un rapide petit-déjeuner, il est 6h30 mn, le jour est bien levé, et nous partons...
Vers 8 heures du matin nous passons dans un bled ou il y a un café, je décide de m' arrêter pour boire un thé, Dom est d' accord lui aussi a besoin d' un break et de boire du thé... Nous entrons dans le petit café, il fait aussi chaud dehors, qu' à l' intérieur et le ventilateur au plafond ne fait que brasser l' air chaud... Les tables sont toutes prises et nous restons au comptoir. En remuant le thé, je transpire à grosses gouttes ! Infernale cette chaleur ! Je jette un coup d' oeil à un thermomètre qui indique 42° ! Il est 8 heures du matin et il y a déjà 42° !!!
J' en fais pars à Dom et le patron du café, me dit : " Et encore tu as de la chance, la semaine dernière il faisait 45°"
Inouï ce climat quand-même, il faut dire que se sera la température la plus chaude que nous trouverons et ce jusqu 'a In Salah. Nous recommandons un autre thé brûlant, et on s' éponge car juste à tourner la cuiller dans la tasse, on transpire à grosses gouttes ! Je me mettrais à boire jusqu 'a 15 litres d' eau par jour et sans en pisser une seule goutte !!! Tout part en transpiration... Et encore on bois du thé brûlant à la menthe, une des meilleures façons de lutter contre la soif... Lorsque nous sortons de l' étuve du café, dehors la chaleur au soleil a encore augmenté, nous sommes à moitié groggy, et nous effectuons nos gestes un peu au ralenti. Comme d' habitude je rempli l' Arai de flotte avant de le mettre et j' ouvre la marche a cause du nuage de sable dégagé par la Pigeot.
Nous tournons sur la gauche en direction d'Aoulef, Dom m'a prévenu nous allons attaquer ensuite 300 kilomètres de piste.. Je suis tout excité à l' idée d' enfin faire de la piste ! Je suis un peu venu pour ça quand-même. Et puis cette route rectiligne est d' une monotonie affligeante à la longue.
Pour le moment nous sommes toujours sur du goudron mité sur les bords.
Soudain au milieu de la route des barbelés en rouleaux et 2 militaires en treillis kalachnikov en bandoulière qui nous font signe de stopper sur le bord de la route... Plusieurs rangées de barbelés barrent la route et les militaires n' ont pas l' air commode ! J' arrête le moteur du XT, et quitte le casque, Dom descend de la voiture. Les militaires nous demandent de prendre tous les papiers et de les suivre. Il y a 4 grandes tentes kakis de planter au bord de la route. Nous les suivons dans une des tentes, ou il y a une grande table, avec un poste de liaison radio onde courte, des registres,et bien sur du thé !
Assis derrière la table 2 gradés qui parlent correctement français. Ils regardent nos papiers attentivement et appellent par radio, le poste de check en amont. Nous ne comprendrons pas, ce qu' il se dira car c' est en arabe que le dialogue se fera. De toute vraisemblance, ils prenaient d' éventuels renseignements sur nous.
L' un deux nous demande ensuite ou nous allons et à la réponse Tamanrasset, il nous avertit que la piste ou nous allons passer n' est pas sur à 100 %. Il y a des rebelles qui traînent et les militaires tiennent à bien nous en avertir. L' autre continue en nous expliquant que toutes ces tracasseries ne sont que pour notre sécurité. Il enchaîne en nous faisant remarquer qu 'ils ont été très polis, courtois et que ce n' est pas toujours le cas pour les émigrés en France !!!
On est mal tout d' un coup ! C' est vrai qu' on est mieux traités que les émigrés en France et l' on est bien obligé d' en convenir... Une question va nous mettre encore plus mal : "Pourquoi vous autres français vous conduisez vous mal avec les émigrés ?" Vaste sujet non ? Facile d' en débattre avec un militaire qui n'a rien d' autre à faire en pleine chaleur sous une tente :-)))
La seule échappatoire est le classique : "Il y a des cons partout..." Je me lance dans une grande plaidoirie qui n' aura pour autre effet que faire dire à un des gradés : "Oui mais en France, il y a presque tous les gens qui se conduisent mal avec les émigrés" Avant que j' ai eu le temps d'éventualiser à une parade, une autre question moins embarrassante est lancée : "Comment trouvez-vous les algériens et l' Algérie"
Dom et moi expliquons notre vision sans mentir : "Pays magnifique, hommes fiers, très hospitaliers...." Et la les 2 militaires partent dans une allégorie sur leur pays, leurs compatriotes, l' humanité, et l' amour universel...Cela se finit en un : "Tu vois moi je crois en Allah, toi tu crois en un autre Dieu, et nous sommes tous les 2 pareils, si cela se trouve notre Dieu lui aussi est pareil" démontrant une grande ouverture d' esprit pour un militaire.On nous offre ensuite le thé, puis on nous raccompagne à nos véhicules "Elle est belle ta moto !!!" "Oui merci...." On nous fait promettre d' être prudent et nous souhaite bonne route. Qu' Allah soit avec nous ! Nous partons devant l' oeil envieux des soldats tandis que les gradés rentrent dans la tente.............................
Nous y voila enfin ! A
peine 2 kilomètres après la barrière le goudron s' arrête net et le sable
envahit tout l'horizon...
Photo : La
piste
Dans mon
imagerie personnelle une piste c' était une 'route' tracée dans le sable avec
des ornières. Il n' en est rien ! Une piste c' est des traces de pneus
sur
100 mètres de large qui partent dans tous les sens se croisent et se
re-croisent, selon le relief, la qualité du sable et les ornières... Exactement
comme le dessinait Hergé dans une des aventures de Tintin dont le nom
m'échappe... (Le pays de l' or noir ?)
Sur la piste que nous empruntons des balises sont plantées tous les kilomètres. Ce sont de grands poteaux en béton au sommet du quel un baril vide a été fixé... On les repère de loin... Imitant Dom, je tombe la pression des pneus à 1 kg, c' est l' idéal, pour ne pas crever, ni déjanter et avoir une bonne accroche. Le problème de la piste se trouve dans le choix permanent auquel on est confronté : quelle trace je suis ? Celle du milieu, celle de gauche, celle plus à gauche, celle encore plus à gauche, ou celles de droite ?
Il suffit qu' un véhicule sable sur une trace pour que celle-ci devienne impraticable à cause des ornières...Les gens prennent à ce moment la un autre chemin, jusqu'au ce que quelqu'un sable, etc ....Voila la raison de ces dizaines de traces différentes !
Le deuxième problème, tout du moins sur les 50 premiers kilomètres de cette piste, réside dans les déclivités et autres mini-dunes. Point de salut si on arrive petit gaz en bas ! Il faut essorer la poignée pour arriver en force quitte à décoller un peu en haut de la dune !
A ce petit jeu je suis un débutant et mes traces ne sont pas celles de Dom, nous avons des visions différentes ayant des véhicules différents. Je me prends 2 gamelles à très basse vitesse, les 2 fois de la même façon, je n' ai pas repéré un banc de sable plus mou et la roue AV s' enfonce d' un bon tiers stoppant net la moto !
Par moment inspiré je choisi la bonne trace et suis tranquille pendant un kilomètre... D' autre fois je fais le mauvais choix et galère changeant de traces sans arrêt, avançant ainsi comme un crabe ! A un moment je m' aperçois que la trace que je suis et qui est excellente s' éloigne de la piste ! Je suis obligé de faire ma propre trace pour rejoindre, la piste. Moment ultra sympa ou je découvre le plaisir de rouler dans du sable bien égalisé par le vent... Le même plaisir que l' on a dans la neige poudreuse vierge de tout passage....
Très vite je comprends l' astuce pour éviter les bancs de fesh-fesh, ce sable farineux...................
BoBo
YaKomo 2002©
Fais que ton rêve soit plus long que la nuit...