BENI-ABES
LA PISCINE
ADRAR
LE
MOTARD
LES
VIRAGES
Nous faisons un crochet par Béni-Abés, et son site fabuleux. Je vais essayer de vous décrire l' arrivée et le paysage. C' est un de mes plus beaux souvenirs. Un truc grandiose à la limite du surréaliste..
Nous roulons sur cette gigantesque ligne droite depuis 100 kilomètres, le paysage est toujours le même, sur la droite du sable avec quelques dunes et sur la gauche à quelques kilomètres à peine, une gigantesque montagne érodée et donc plate qui longe la route... A un croisement, nous tournons sur la gauche en direction de la montagne, la route serpente légèrement et s'éléve petit à petit... Sur la droite on aperçoit des casebas : c' est le début de Béni Abés. La route s'éléve encore un peu et on se rapproche de la montagne, et on arrive soudain sur un viaduc !
Du haut de ce viaduc, le paysage est saisissant :
Sur la gauche on s' aperçoit que la dite montagne est en fait une falaise ! Autrefois devait couler ici un fleuve...On voit bien le tracé que l' eau a fait dans la montagne, c' est un lit de plus de 500 mètres de large et 100 mètres de profond qui a été taillé dans la falaise. Et à perte vue on voit le lit du fleuve asséché, un fleuve de sable, entre les 2 falaises étroites au point du viaduc et qui s' élargissent de plus en plus au point de prendre tout l' horizon, le fleuve finissait par un large delta...
Sur la droite la vallée de sable se resserre en presqu'une gorge, et de l' autre coté le village accroché à la montagne surplombant, cette rivière de sable définitivement asséchée... Plus à droite encore toujours le lit de ce fleuve de sable s'élargit.En fait Béni-Abés surplombe les gorges de l' ancien fleuve.
Celui-ci de toute vraisemblance était assez important, et en arrivant dans le "goulot" de Béni-Abés avait taillé son chemin à travers les parois rocheuses...
Nous nous rendons à l'hotel un peu similaire à celui d' Aïn-Sefra, ou nous mangerons fort bien. La salle à manger est une salle avec vue panoramique sur les gorges de Béni- Abés et le viaduc...
Il y a le même poste de TSF avec un espèce d' oeil vert qui sert à affiner la réception !!! Ah nostalgie, mes grands-parents avaient le même ! C' est dans ces postes la que les longs sanglots des violons grouingwwinnnngningnin à l' automne etc !
Tout en mangeant je ne me lasse pas d' admirer ce paysage somptueux, qui laisse rêveur : le temps jadis ou le fleuve coulait, quel était le paysage ? Et la faune ? Sûrement comparable à celle de l' Afrique centrale. L' eau c' est la vie !
Comme d'
habitude nous sommes seuls dans la salle qui pourrait contenir 100 personnes à
l' aise ! Après avoir payé et laisser des pourboires royaux, nous nous dépêchons
car nous avons piscine.....................................................
Dom m' en a tant parlé : Elle est alimentée par de l' eau de source et c' est unique de se baquer en plein sud algérien comme ça !
L' arrivée à la piscine est une piste de sable très fin et surchauffé ce sable devient très mou... A la fin de cette piste un virage sur la droite un peu en dévers avec des ornières creusées par les 4x4...
Cela va être l' occasion pour moi de prendre ma première gamelle ! Et devant des momes hilares... En effet j' arrive un peu mou en gaz, j' hésite entre une ornière et l' autre me mets en travers et benne presque à l' arrêt ;-) Je relève la moto, la redémarre, repars dans la bonne ornière, et je mets un coup de gaz un peu trop sec, ce qui fait que la roue AR creuse immédiatement un trou et s' enfonce d' un tiers... Il faudra que les momes me poussent pour en sortir !
Pffftttt . Quel bordel en pleine chaleur, cela m'a vanné ! Je pose la moto, le casque et court voir cette piscine :
Dom ne m'a pas menti ! En effet d' une colline jaillit une source qui s' écoule dans une piscine dont le trop plein part irriguer les champs en contre-bas ! La piscine est faite de petits carreaux de faïences bleus comme il se doit, et dans un premier bac avant la piscine quelques plantes aquatiques poussent tranquillement. Il y a un plongeoir ou les gamins font des plats hors compétition !
Nous nous ruons au vestiaire et en slip de ville, pas de bain (vous prenez votre slip de bain pour faire Vichy-Tam vous ? et votre combi de pluie aussi ?), nous piquons une tête immédiatement.
L' eau est à bonne température ! Je suppose un 25° ! En tout cas quel pied de plonger dans l' eau alors que le soleil cogne. Une piscine d' eau fraîche SANS JAVEL :-))) Mais c' est d' un luxe tout ça ! Ça vous fait tout oublier, les kilomètres, la fatigue, la chaleur ! Quelle ville Béni-Abés ! Il y a un bar, mais à part du thé ou de la gazouse, rien de bon ! Nous passerons l' après-midi à barboter et à nous relaxer. Faire la planche dans cette eau limpide et ressentie comme fraîche, en pensant qu 'à des kilomètres et des kilomètres à la ronde, il n'y a que du sable surchauffé, c' est vraiment un plaisir exceptionnel ! Je n' en sors que pour y replonger aussitôt, tant le plaisir est grand.
Vers 17 heures il est temps de repartir, et c' est à regret que nous nous rhabillons !
Notre étape de nuit sera à Adrar...
Au fur et à
mesure que nous descendons dans le sud le sable envahit de plus en plus le
paysage. La route est par moment très ensablée, les camions ont creusés des
ornières et une fois les pneus de la moto dedans il est hors de question de
sortir de l' ornière... Nous dépassons une caravane de bédouins avec leur
chameaux qui marchent a quelques mètres de la route... Au loin dans l' horizon
qui rougeoie, Adrar se
dessine.............................................
Le spectacle est magnifique, la ville déjà de terre rougeâtre, est baignée par les rayons du soleil couchant, et flamboie littéralement !
Nous
trouvons rapidement l'hotel assez similaire aux
autres. Nous décidons, un peu lassés de nous retrouver seuls, dans ces grandes
salles de restaurant, de dîner en ville. Je laisse la moto au parking de l'hotel comme
souvent, (bien
que certains soirs nous prenions la moto) et nous partons à la recherche d' un
restaurant convenable, mais nous manquons de chance et tournons en ronds. Nous
finissons par rencontrer un émigré en vacances
qui nous indique une
gargote.
Adrar ne m'a pas laissé de souvenirs en tant que ville, mais à cause de l'annecdote avec les policiers du coin.
La gargote est très sympa, et nous mangeons un excellent tajine. Nous moisissons mollement en terrasse, profitant de la tiédeur de la nuit, lorsque passe doucement un 4x4 de flics, un Toyota vert et blanc, ils nous regardent attentivement, puis continuent leur chemin... Les flics sont très fiers dans leur gros 4x4 flambants neufs, qui pour la petite histoire, sont un cadeau de la France, en remerciement de l' heureux dénouement de l' affaire de l' avion détourné sur l' aéroport d'Alger....
Sur la place il y a 2 voitures : Une 504 Pigeot taxi jaune et la 504 Pigeot Break de Dom. Il a une galerie avec un jeu de roues et pneus dessus enchaînés avec gros cadenas. Dans le break il y a nos jerricans d' essence et ceux d' eau. En Algérie on ne trouve pas de bouteilles d' eau comme chez nous ou au Maroc... En plus des jerricans il y a plein de pièces de Pigeot, un démarreur, un alternateur, une boite de vitesse, un maître cylindre de frein, 2 pompes à eau, une rampe de carbus, etc... Les 3/4 de ces pièces sont des commandes prises lors du dernier voyage et sont donc promises au Niger...
Nous quittons l' auberge, grimpons dans la 504 et partons pour l'hotel, au bout de 500 mètres, nous avons les flics, toutes sirènes et gyrophares dehors au cul ! Ils nous dépassent et nous obligent à nous arrêter comme dans un film : "Contrôle !" Ils regardent vite faits les papiers et demandent à Dom d' ouvrir le coffre. Le chef interroge Dom : " Pourquoi toutes ces pièces ? Tu fais du business ? C' est interdit !"
Dom explique que ce sont des pièces de rechange pour lui car son voyage va être très long et sa voiture est usée... Le chef malin, normal c' est le chef, voit les 2 pompes à eau et exige : " 2 pompes à eau juste pour toi c' est trop, vends en moi une !"
Voila donc la raison du contrôle : Le business ! Un marchandage rapide ou Dom fin stratège se pliera au prix honnête du pandore, mettra fin à ce contrôle, qui avait commencé un peu hard, avec des relents de nuit au gnouf et amendes !!!
Nous
regagnons l' hôtel en
nous marrant comme des baleines. Le lendemain matin nous nous préparons et
passons à la station service faire le
plein........................................
Je suis entrain de faire le plein lorsque je crois entendre le bruit d' un gros cube japonais !!! Le soleil m' aurait autant cogné sur la tête ? Je me tourne et à ma grande surprise une Honda CB750 est la avec comme pilote un allemand tout en cuir !
Inutile de dire que sa présence est totalement incongrue, en 1500 km nous n' avons croisé comme 2 roues que des mobylettes ! Tentatives de baragouinage en anglais car je ne parle pas un mot d' allemand et lui pas un de français... La CB a 85.000 Km et se porte pas trop mal, elle a 2 caisses en alu de chaque coté...
Notre homme est descendu par El Goléa et Timimoun, donc avec uniquement du goudron, il a fait un crochet par Adrar avant de remonter dans l' espoir de trouver un pneu pour sa moto. En effet son pneu AR s' est usé plus vite que prévu (le sable abrasif ?) et il ne lui reste que 3 mm.
Nota bene : Il n' y a qu' un allemand pour être en cuir par 40° à l' ombre et il n' y a qu' un allemand pour s' inquiéter sur l' état de ses sculptures alors qu' un slick ferait l' affaire :-)))
Nous
décidons de l' aider et de l' escorter dans sa recherche difficile en elle-même
et très ardue avec les 20 mots de français qu' il connaît ! Bien entendu nous ne
trouverons pas de pneu au bonne dimension, seuls des pneus de mobylettes sont
disponibles. Un motociste proposera à l' allemand horrifié
d' aller chez le
vulcanisateur faire rechaper son pneu !
Nous allons boire un thé et il nous explique son périple : La France, L' Italie, la Tunisie, L' Algérie... et il a prévu de remonter par le Maroc et l'Espagne... Il regrette de ne pas parler le français car les échanges sont réduits au maximum. Il pensait que l' anglais lui permettrait de se débrouiller partout! Nous nous séparons en nous souhaitons bonne chance et nous le regardons partir stoïque ruisselant sous son cuir.
Ce sera le seul motard que je verrai de tout mon périple, à part une 125 trial à In Salah...
Nous repartons donc en direction d' Adrar, la route est de plus en plus ensablée, des panneaux en arabe et en français avertisse du danger : 'Route ensablée sur 10 km. Je roule devant car Dom traîne derrière lui un nuage de poussière de sable. Je fais de même, mais plus modestement bien sur :-)
La route toujours aussi rectiligne semble à un moment donné plonger dans le vide ! Il y a à l' horizon une déclivité importante et plus on se rapproche plus l' on s' aperçoit que la route va soudain descendre... 3 panneaux annoncent le danger...............................................
Les trois panneaux placés à 100 mètres de distance les uns des autres annoncent des virages dangereux ! En effet la route se met à serpenter, pour descendre la faille assez importante dans le plateau sur lequel nous étions. Il y a 5 ou 6 virages en descente pas trop serrés, puis un bout droit, qui est en fait un gué sur un oued asséché à cette époque. La route remonte ensuite en 4 virages pour reprendre sa linéarité une fois le plateau ré atteint.
Mais un problème de taille se présente dans la portion droite, la ou il y a le gué , au point que Dom et moi, nous nous arrêtons, pour bien évaluer la chose...
Le vent en soufflant dans cette faille étroite du plateau fait des congères de sable sur la route et ce malgré quelques piquets et des fils tendus pour tenter de bloquer le sable... La route est déblayée souvent à la pelle et on peut voir tout le sable déblayé de l' autre coté en gros tas. Les camions en passant creusent des ornières très profondes! Au plus fort de la crise c' est 80 cm de profond...
Dom s' élance le premier, à fond et passe en chassant un maximum, grâce à l' élan. Le châssis surfant littéralement sur le sable dans la partie la plus profonde... A la fin du passage il a perdu tout son élan et c' est à l' arraché qu' il finit. 100 mètres de plus et il ne passait pas !
Ça c' était la technique auto, mais moi avec le XT je vais pas faire le mariol et tenter le diable. J'enclanche donc la première et m' engage dans l' ornière mode lopette ON, les 2 pieds par terre...
Très vite
je me rends compte que si je ne mets pas un peu plus de gaz, je vais sabler la
moto ! Je tourne donc un peu plus la poignée et accroche la seconde, ça chasse
méchant mais à chaque fois le coté de l' ornière me renvoi butter de l' autre
coté, et j' arrive à maintenir et le cap et une vitesse
suffisante pour ne
pas sabler. Je continue à pédaler un peu pour maintenir mon équilibre et arrive
tant bien que mal dans un style pas du tout académique à passer l'
impressionnante difficulté !
Nous nous arrêtons ensuite pour griller une clope et regarder le passage, lorsque un bruit de camion se fait entendre. Il arrive dans l' autre sens que nous, c' est un bédouin avec un cheiche qui conduit le semi-remorque citerne. Comme il arrive du coté ou les virages sont très peu prononcés, il peut attaquer le passage à donf et passe en soulevant un nuage énorme de sable. La difficulté ne l'a même pas ralentit, vu la masse et la vitesse ! Il est reparti depuis longtemps de l' autre coté du plateau, que le nuage de poussière n'a toujours pas fini de retomber.
Spectacle
très impressionnant qui fait penser aux meilleurs passages de Duel ! En fait le
danger sur cette portion de route ne vient pas des virages, mais de cette
congère de sable. Nous repartons montons sur le plateau et retrouvons une route
bien droite, et encore assez ensablée. Reggane n' est plus loin maintenant un
panneau annonce 50 kilomètres
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BoBo
YaKomo 2002©
Fais que ton rêve soit plus long que la nuit...