Le chauffeur me dépose à 3 heures du matin, extenué, à la maison. Femme et enfants sont au bord de la mer, et c'est donc dans la maison vide, que je boitille en direction du lit. Je dormirai 16 heures non-stop avant d'émmerger complétement déphasé. Tout d'abord je regrette profondément de pas avoir pu ramener le XT à la maison. Ensuite ben j'ai les boules car je me retrouve à pied et peu d'espoir de pouvoir racheter une moto avant pas mal de temps. Au niveau physique ce n'est pas la grande forme non plus : Mes cotes me font beaucoup souffrir (impossible de tousser, rire, etc.), et le gros orteil de mon pied droit qui est cassé, lui aussi me fait souffrir, me faisant peiner pour marcher. Je ne me vois pas du tout commencer mon nouveau boulot dans 4 jours comme prévu. Je contacte donc mon futur nouvel employeur pour lui annoncer la mauvaise nouvelle et négocier 15 jours de répit. Celui-ci le prend très mal, et très vite le ton monte, on en vient à s'engueler comme du poisson pourri, mettant un terme à notre future collaboration. Bien que j'ai les boules de me retrouver sans taf, au fond de moi-même je ne regrette pas tant que ça, vu la réaction du mec, et son manque total d'humanisme, je suis convaincu que nous n'aurions pas pu nous entendre. Je passe une quinzaine de jours, très mélancolique, plongé dans mes souvenirs, puis je commence à écrire à tous ces algériens qui m'ont donné leur adresse, en quasiment me suppliant de leur donner des nouvelles.
Je sais pourquoi ils tiennent tant à ce que je leur envoi du courrier : Recevoir un courrier de France en Algérie, c'est un peu accéder à une certaine notoriété locale. La nouvelle fait le tour du quartier (le téléphone arabe !), et la rumeur est sur toutes les lèvres : "Mohamed a reçu une lettre de FRANCE !!!". Et le dit Mohamed joue les stars se faisant un peu prier pour montrer la lettre et en faire lecture à la cantonade. Toutes ces adresses que j'ai noté sont celles de gens qui soit m'ont rendu un fier service, soit m'ont aidé, soit m'ont hebergé ou nourri ou tout simplement ont passé un moment à discuter, échanger avec moi. Ma promesse de leur écrire doit être tenue car je ne peux pas les décevoir. Je recevrai quelques réponses, parfois maladroites et naives, et j'aurai quelques courriers d'échangés avec 2 ou 3 correspondants dans l'année qui suivra...
Il me faudra pratiquement un an pour retrouver un taf, mes économies fondant comme neige au soleil. L'automne arrivant mes fractures ne me faisaient plus souffrir et physiquement j'étais à nouveau opérationnel. Par contre au niveau du moral, ce n'était vraiment pas ça. Une folle envie de repartir, de recommencer me tenaillait, je faisais des listes de la préparation idéale pour la moto et les bagages. En plus le fait de me retrouver sans moto ici en France me laminait. Vers la fin novembre, un pote passait me voir à la maison et me proposait de lui racheter une moto qu'il remontait. Les piéces étaient en vrac dans 3 cartons, il s'agissait d'une assez rare 360 XS Yamaha. Comme le pote n'était pas du tout sur qu'elle soit tournante (Il l'avait acheté lui aussi en pièces et n'avait jamais eu le temps de la remonter), nous avions convenu d'attendre que j'ai fini de la remonter et qu'elle est pétée pour que je la paye. Le prix (d'ami) était fixé à 1500FF.
Photo n°1 360 XS Yamaha Photo n°2 360 XS Yamaha Photo n°3 360 XS Yamaha
Assez
rapidement et sans trop peiner, j'ai réussi à rassembler et remonter le
puzzle. En fait le proprio qui était à l'origine du démontage, voulait
transformer la bécane en chopper !!! Il voulait mettre des commandes avancées,
un grand guidon, etc... Une fois la moto entièrement remontée, je m'aperçois
que le moteur est grippé :-(
Je n'y vais pas par 4 chemins je balance de grandes rasades de dégrippant
par les puits de bougies et laisse tout ça mariner 2 jours. A force de
donner des coups de kick, le moteur se dégrippe, un instant pour se re-bloquer
aussitôt dans la même position. Apparament la soupape d'échappement du
cylindre gauche a des soucis. Je re-balance une bonne dose de dégrippant,
laisse agir l'après-midi et je réessaye avec succés. Le moteur n'est plus
grippé, on sent juste en kickant un point dur. Je fais donc une vidange
(huile moteur + dégrippant, ça y en a pas bon :-), et je tente de la faire
péter. Cela ne se fera pas sans mal, j'alterne les coups de kick, et ceux
de démarreur, et tout d'un coup le moteur pétarade un peu. La scéne va
se répéter plusieurs fois, les pétarades prouvant juste qu'il y a bien
allumage et mélange air-essence dans le cylindre. Elles ne sont pas de
bonne augure, elles ne semblent pas annoncer un moteur qui va démarrer.
Je ne me décourage pas pour autant et continue mes efforts. Et tout d'un
coup le moteur démarre franchement. Je maintiens le régime à la poignée
de gaz pour faire chauffer un peu le moulin, tout semble normal, pas de
bruits sinistres. Je coupe le contact, relance le démarreur et elle péte
au quart de tour !
Je ferai plus de 20.000 km sans soucis avec cette petite moto sympa et marrante comme tout à piloter. Les finances étant remontées je l'échangerai contre une BMW R100GS. En mai 2001 invité à la Net Concentre, je serai victime à nouveau d'un crash frontal. Une fois à peu près remis sur pied, j'écrirai ce récit pour animer le forum FRM (fr.rec.moto) assez calme en période estivale et aussi remercier les frmistes pour leur remarqauble soutien. Il me vaudra de nombreux mails de remerciements et j'aurai même le plaisir d'avoir succité des vocations. Des lecteurs ayant décidé de partir eux aussi, après avoir lu mon récit. J'ai bien sur en tête l'eternel projet de repartir me balader au Maghreb et j'espère pouvoir le réaliser sans trop tarder...
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BoBo
YaKomo 2002©
Fais que ton rêve soit plus long que la nuit...