Du coup il est 11 heures du matin passé, lorsque je retourne à l'hotel pour reprendre mes
bagages. Le portier admire la soudure et me dit
:
"Bonne réparation ! Solide tu n' auras pas de problèmes." Il a raison les
points de soudure sont très bien faits et ne lâcheront pas. Je ré attache les
bagages et réfléchis : La question se pose de savoir ce que je fais : Je
maintiens le départ pour aujourd'hui ou j' attends demain ? Je décide de partir
quand-même, Dom m' ayant habitué à tracer en pleine cagna et ne me voyant pas
passer un jour de plus à In Salah.
Je sors d'In Salah, et rencontre très, très peu de circulation. Normal les gens voyagent le matin ou le soir, pas à midi.. J' avais prévu de suivre les recommandations de Dom et des flics de l' oasis : suivre un taxi après lui avoir demandé bien sur ou il allait ! Comme il est impossible de quitter la piste et de se perdre jusqu 'à l' oasis, je décide de quand-même continuer seul. Je n' ai pas besoin d' attendre un taxi ou autre pour le suivre vu que la piste est rectiligne, balisées par des pierres sur chaque coté. Le tracé ne présente aucune difficulté, je m' en souviens parfaitement.
J' attaque donc la portion confiant, et tout se passe en effet très bien. J' ai bien sur tombé la pression des pneus à 1kg, pour avoir la meilleure accroche possible. Au début la piste est peu sablonneuse et je peux donc rouler nettement au-dessus de 100 km/h. Comme d' habitude les soucis viennent des ornières trop profondes et du mauvais choix de traces. La moto plus chargée me semble moins maniable, ou je suis moins en forme qu 'à la descente.
Il fait très, très chaud, il y a un petit peu de vent, mais il est aussi brûlant que le soleil. Je ne croise absolument personne sur une cinquantaine de kilomètres. Je préfère d' ailleurs n' avoir à croiser personne, car les croisements sont assez souvent problématiques : Personne n' avance droit sur une piste, on change très souvent de traces, ce qui fait que l' on ne sait jamais exactement ou l' on sera 200 mètres plus loin, et on ne sait pas plus ou sera le véhicule qui vient en face. De plus les voitures déclenchent un nuage de sable en poussière qui gêne considérablement.
La forte chaleur semble avoir ramolli le sable, car à l' aller je ne me souviens pas de telles difficultés : La moto chasse de partout et j' ai beaucoup réduit l' allure. Je roule à un petit 80km/h et je me fais 2 ou 3 chaleurs (!), la moto partant dans tous les sens, guidonnant comme une folle. C' est avec grande peine que je parviens à la maintenir sur le cap et à éviter la chute. Je relâche donc la poignée de gaz, il ne s' agirait pas de me gameller bêtement seul.
Un banc de sable plus épais s' annonce, je l' attaque mode lopette ON, et le passe au ralenti les 2 pieds par terre en stabilisateur... La roue arrière chasse un peu et envoi une gerbe de sable continue. Je fais un peu patiné l' embrayage et assure l' assise de la moto, des pieds. C' est laborieux, long, ça n'a aucun style, mais l' efficacité prime quand on est dans des conditions extrêmes et seul. Cela passe tant bien que mal jusqu'à une zone moins sableuse, dans laquelle j' accroche la 3ème, puis la 4ème pour me retrouver vers les 70-80km/h.
Le XT chasse de partout est je peine à le maîtriser, je passe plein de fois à coté de la gamelle rattrapant le coup je ne sais trop comment. C' est l'arriére qui donne le premier avertissement, en chassant de plus en plus, puis l' avant se met à guidonner dangereusement. La moto part dans tous les sens et c' est la grosse montée d' adrénaline ! Il faut serrer cuisses et bras et remettre un peu les gaz pour reprendre de l' adhérence, de la motricité et donc le commandement de la direction de la moto devenue folle. Le problème vient du fait que les louvoiements arrières ne finissent pas tous par un guidonnage à l' avant et la perte de contrôle. Beaucoup même et heureusement, se bornent à faire louvoyer un peu la roue arrière qui continue néanmoins à avoir assez d' accroche, pour que la moto continue à tracer la piste bien droit.
Je ne
sais pas pourquoi, mais rien n' est évident aujourd'hui ! Il se peut aussi que
la tempête de sable qui soufflait quand nous sommes passés est continuée et donc
augmentée la couche sur la piste. En tout cas cette partie est beaucoup plus
difficile qu 'à l' aller et je n' avais pas du tout prévu ça..
Je fais une
brève halte, pour boire un coup, me rafraîchir aussi... Je prend bien soin d'
humecter le linge qui entoure ma gourde, afin d' avoir de l' eau fraîche à la
prochaine halte. Ce truc du linge mouillé, c' est vraiment magique d' avoir de
l' eau fraîche en plein désert ! Je fume une clope, et essaie d' évaluer la
distance parcourue, ou tout du moins celle restant à parcourir. Il me semble
avoir fait la moitié du chemin.
Je repars aussi sec tant la chaleur est insoutenable. Il doit me rester beaucoup plus d' une centaine de kilomètres à faire avant l' oasis..... A peine reparti une nouvelle difficulté se présente : Encore du sable en épaisseur gênante. Surpris je manque de me vautrer lamentablement, et j' arrive tout juste à stopper la moto en catastrophe. Houla je suis passé très, très prêt de la gamelle ce coup-ci. Je décide de remettre le mode lopette ON, comme pour le premier banc de sable. Je franchis la difficulté à grand peine en 1ère, la roue AR patinant, je m' aide des pieds et avance comme je peux. L' épaisseur de sable diminuant un peu j' arrive à accrocher la seconde et je continue mon avancée péniblement... Je décide vu mon manque totale de maîtrise de lâcher sérieusement les gaz. Je maintiens donc un rythme TOP lopette en seconde avec les pieds en stabilisateurs.
Le
problème de cette méthode est que si on évite les grosses gamelles, on est
souvent léger en vitesse pour passer les bancs de sable plus épais ou plus mous,
et donc obligé de remettre les sus-dits gaz, faisant chasser inévitablement l'
arrière. Y a pas piloter une moto sur une piste c' est un truc physique avant
tout ! Soit on a la le physique pour bien tenir la machine avec en plus bien sur
le mental et la vista de la bonne trace, et l' on est le demi-dieu,
du
désert, soit on a pas le physique et de toutes façons le mental finit par s'
effondrer et l' on devient le paquet d' os du désert...
Quand
on commence à être fatigué, on tient plus la moto, on perd confiance et c' est
comme ça que le moral s' effondre lui aussi. L' idéal étant un physique en béton
et un moral d' acier. Au niveau moral je pense assurer, au niveau physique pas
une cacahouète ! Je reviendrai de ce voyage avec une admiration encore beaucoup
plus grande pour tous les Neveu, Auriol, Railler, Loiseau, Meoni, et les
autres... En effet quand on est dans son canapé, à regarder les images
télévisées du Paris-Dakar, on est loin de se rendre compte de ce que vivent ces
motards qui eux en plus attaquent comme des
malades et sur des étapes très
longues.
En
attendant ce n' est pas une vedette du Paris-Dakar qui évolue sur la piste, c'
est le vieux Bobo qui pense plutôt : "Qu 'est ce que je fous la, je vais me
mettre au tas.." (c) JBT. Le soleil cogne bien sur, je ne me sens pas au mieux
de ma forme. L' impression de me traîner et que ça va jamais en finir, commence
à s' installer dans ma tête. Je continue ma progression tant bien que mal, sans
voir aucun véhicule dans un sens ou dans l' autre. Le soleil, le sable et le XT
rien d' autres à des kilomètres à la ronde............
Soit je ne
suis vraiment pas en forme, soit le sable est plus mou à cause de la chaleur,
soit il y a beaucoup plus de sable que lors de la descente, ou alors c' est un
peu des ces trois raisons, mais en tout cas, c' est la galère
!
Je peine énormément à maintenir la moto dans le bon cap. Je manque cruellement de clairvoyance dans le choix de la bonne trace. Je ne suis vraiment pas au mieux de ma forme. J' arrive tant bien que mal à faire une cinquantaine de kilomètres toujours sur le fil de la corde. Le nombre de fois ou je suis à deux doigts de tomber est impressionnant ! Petit à petit mon mental s' effondre, je perd totalement confiance en moi. Et pourtant la confiance en soi est primordiale lorsque l' on rencontre ce genre de difficultés.
J' arrive trop mou dans un banc de sable ressemblant à du fesh-fesh et je me benne lamentablement ! La roue avant se bloque, légèrement braquée, et la moto se plante en me désarçonnant.. Je passe par dessus et chute en douceur dans le sable. Je me relève illico, coupe les robinets d' essence et essaye de la relever.. en vain elle est lourde chargée, mais surtout dès que je la relève de 45° elle glisse sur le sable..
Je trouve tout de suite l' astuce de faire un monticule derrière chaque roue : Ça marche ! Un coup de rein supplémentaire quand elle est à 45°, bloquée par les tas de sable et hop elle est droite. Je regrimpe dessus, mais bien sur elle ne démarre pas, je dois descendre enlever la selle, trifouiller la cosse, remettre la selle, pour qu 'elle accepte de repartir.. Le choc de la chute a du déplacer cette foutu cosse avec sa vis.
Pfftttt la séance m'a épuisé, je peine à tenir la machine qui part dans tous les sens. Je parviens à faire à peu près 10 kilomètres petit bras avant de me revautrer.Je peine encore plus à relever la moto et à partir de ce moment c' est la spirale de l' échec qui va m' envahir, et m' envoyer au tas.. Trop fatigué pour piloter convenablement, le moral un peu miné, j' accumule les erreurs d' appréciation et de pilotage, et je me mets dans des situations ou la gamelle est la seule issue ! A chaque fois il faut l' effort intense de remonter la moto, et en pleine cagna, ce n' est pas de la tarte...
A la 4ème ou 5ème chute, je m' aperçois avec stupeur que ma gourde vient de se briser ! Cela me casse encore plus le moral.. J' essaye de redresser la moto, mais je suis vraiment trop fatigué pour y arriver. Malgré les tas de sable je ne trouve pas la force de la remonter à plus de 45°. Au bout de trois essais infructueux je décide d' attendre que quelqu'un passe, afin qu' il m' aide à relever la moto. Il serait vain et inutile voire dangereux de faire un effort insensé en plein zénith et sans eau ! Je prends donc le cheiche et l'entourre sur ma tête comme me l'a appris le marchand de tissus d' Aïn-Sefra, j' en garde un bout pour m' abriter le visage et le mâchonner un peu afin de tromper la soif qui commence à me tenailler..
Je commence à attendre ainsi, bien sur le temps me semble long. L' air est surchauffé et miroite un peu créant ce mirage de l' eau ! Je vois des lacs au loin, ce phénomène est vraiment criant de vérité. Je reste le plus longtemps possible la tête entièrement recouverte du cheiche pour éviter au soleil qui au zénith de trop me taper sur la gueule. Je ne la sors que pour jeter un coup d' oeil et vérifier que par miracle quelqu'un ne passerait pas dans les environs. Mais je déguste physiquement ! C' est hyper hard, et pourtant je ne bouge pas, je ne fais rien...
Le soleil bastonne, il n' y a pas un brin d' air, juste de l' air surchauffé, qui sellée en miroitant. Il s' agit surtout de ne pas paniquer, ne pas changer d' avis par exemple et essayer tout à coup de relever la moto. J' ai choisi la solution la plus secrétaire attendre plutôt que de m' épuiser, il faut donc tenir maintenant............................
Je me suis
assis en lotus (tentative de rester bien zen..) enturbanné avec le cheiche.. Le
temps est long, très long même et personne ne passe...
L' épreuve est plus
dure que lorsque je me suis perdu près de l' oasis car là j' avais l' ombre des
palmiers dans un premier temps et l' eau de la fougasse dans un deuxième temps.
Le soleil cogne dur, certes la transpiration recueilli dans le cheiche me
ventile un peu le crâne, mais j' ai la pépie.
Le
fait de mâchonner le bout de cheiche, me fait garder un peu de salive dans la
bouche et m' aide un peu à affronter la soif... La déprime me guette un peu
aussi, je trouve le temps long.. Je n' ai pas eu la présence d' esprit de
regarder l' heure à laquelle je me suis vautré, je ne sais donc pas
exactement
depuis combien de temps j' attends ainsi. Entre une et deux heures
en tout cas. De temps à autre je scrute l' horizon espérant voir venir un
véhicule mais rien ne roule !
J' ai bien sur des clopes et des allumettes dans la sacoche réservoir du XT, mais vu la chaleur infernale à aucun moment je ne penserai à fumer ! Attendre en économisant le plus possible mes ressources, et éviter de trop gamberger. Tel est mon but...
Pour
passer le temps je chantonne, ça commence à me taper sérieux sur le système
cette attente dans la cagna ! Finirais-je complètement déphasé ? La chaleur me
gêne plus que la soif, en fait si je pouvais être à l' ombre, même sans eau je
serais 10 fois mieux ! En attendant j' en suis réduit à mâchonner
le bout du
cheiche pour saliver un peu et maintenir une impression humide dans la
bouche...Mais ma bouche est de plus en plus pâteuse.
J'
attends encore, et encore, je finis par désespérer ! Personne ne va passer, c'
est incroyable la malchance que j' ai... Et me voila parti à calimeroter, ce qui
n' avance strictement à rien.. Le temps passe, je peine de plus en plus à rester
zen, une espèce de panique sourde commence à s' emparer de moi.
Je suis
vraiment mal, je perd espoir de voir enfin un véhicule passer. Il faudrait que
cette attente cesse rapidement, car au malaise de la chaleur hypra-cognante,
commence à s' ajouter la soif.
Plusieurs fois je crois voir le nuage de sable annonciateur d' un véhicule, mais ce n' est qu 'une illusion. Je commence à m' énerver intérieurement, mais putaing de bordel de merde je vais attendre combien de temps comme ça ? Ma langue est sèche, ma gorge aussi, et l' idée de boire commence à m'omnibuler...boire...boire...boire...
Ça sera le plus mauvais moment de tout le voyage en fait. Dans un sens je savais parfaitement que tôt ou tard un véhicule passerait, et dans l' autre la fatigue, la soif et la chaleur me faisait croire le contraire.. Le doute s' installait, et si personne ne passe tu fais comment ? Tu ne peux pas attendre sans flotte en plein soleil comme ça ! La limite va vite être atteinte...Tu commences à crever littéralement de soif ...Encore quelques heures et tu vas tomber dans les pommes et/ou délirer grave..
Au bout d' à peu près 3 heures, je vois enfin un nuage de sable au loin qui annonce la venue imminente d' un véhicule. Yarrrglaaaaa ! Enfin, il était temps je n'y croyais plus ! C' est un 4x4 Patrol Nissan qui arrive, il roule à une centaine de mètre de la piste. Je me lève et fais de grands gestes, il ralentit et prend ma direction et s' arrête à ma hauteur. Dedans un couple de berbères lui avec un cheiche et elle bien sur voilée..
Ah je
les embrasserais si je me retenais pas ! Ma galère va enfin s' arrêter, il était
temps je n' en pouvais plus. Le chauffeur par la fenêtre me pose une question en
arabe que je ne comprends pas. Je lui dit ; "Français.." et j' ajoute : "Salam
malecum, elma afuen !"
(Que la paix soit avec toi, de l' eau
s' il te plait !).
Il me répond en arabe, mais je ne comprend pas mieux, il
descend alors de son 4x4.................
Le
chauffeur du 4x4 prend l' outre en mouton qui pend à sa fenêtre et me la tend..
Je ne fais ni une, ni deux, eau qui sent le suif ou pas je bois une grande
gorgée. Et j' ouvre la bouche pour dire "Choucrane" (merci) à mon sauveur, mais
à ma très grande surprise ce n' est pas un son qui sort, mais toute la flotte
que je viens de boire !
J' ai vomi la flotte sans m' en apercevoir ! J' en suis très étonné, l' eau est sortie avec un naturel, je n' ai jamais vu ça, à peine je l' ai senti repasser, j' ai surtout vu la gerbe qui partait et le son voulu "Choucrane" qui ne sortait pas et pour cause.
Le chauffeur du 4x4 me parle avec véhémence, un flot de parole auxquelles je en comprend bien sur rien. Sa femme voilée, quitte son voile pour me parler aussi. Je vois bien qu 'ils ont l' air de me donner fermement des conseils ...Chose un peu comique ils sont très pales tous les deux.. Ils sont à deux doigts de s' affoler parlent sans cesse et s' agitent cherchant quelque chose dans le 4x4. Je suis assez interloqué de ce qui se passe ! Je en m' attendais pas du tout à ça bien sur. Je me sens bien et n' ai absolument pas envie de vomir. J' ai juste soif, très soif.
Ayant
sorti une couverture, l' homme me force à m' étendre sous son 4x4 à l'ombre...Je
le fais, n' ayant pas trop le choix, et c' est vrai que de l' ombre sera la
bienvenue. Il continue à me parler, regarde le blanc de mes yeux, et parle aussi
à sa femme, qui restée dans le véhicule s' agite, et lui répond. Je lui réclame
de la flotte bien sur ! Ma soif est intacte ! Il ne m' en donne qu' un soupçon
et il a raison puisque la gorgée n' est pas restée. Dur j' en boirai
dix fois
plus si je m' écoutais. Je le supplie encore de me donner à boire, mais avec
raison il refuse. Sa femme a coupé comme deux gros croissants
de lune dans un
oignon, et il me font comprendre que je dois me mettre chacun des morceaux d'
oignon dans les narines !
Un peu étonné, je m' exécute au grand soulagement du couple berbère. L' homme me parle un peu, et toutes les 5 minutes me donne un peu de flotte à boire.. Sa technique s' avère payante car je garde l' eau. Un autre véhicule passe et s' arrête, ils discutent un peu, mais le chauffeur ne parle pas français lui non plus... Je reste sagement à l' ombre avec mes deux croissants d' oignon plantés dans chaque narine ! Une photo aurait valut le coup ! Plus le temps passe et moins je me sens bien, je suis très fatigué tout à coup et l' idée de remonter sur la moto me panique..
Les hommes viennent me parler en arabe et je ne comprend rien, je vois simplement qu 'ils sont inquiets à mon sujet. Ils vérifient que je garde bien les deux croissants d' oignon dans les narines. Cela me piquette légèrement, mais les oignons qui poussent en Afrique ne sont pas du tout aussi fort que les nôtres. En écrivant cela, et en y repensant, je me demande ce que l' oignon peut réellement apporter pour un début de déshydratation. Sur le coup j' ai fais entièrement confiance aux autochtones qui sont quand même au fait des dangers rencontrés dans le désert. Autre question pourquoi mon organisme tant assoiffé a rejeter ainsi l' eau ? Je n' ai pas eu dessiccation, en tout cas mes berbères semblaient bien connaître le phénomène, puisqu 'ils ont immédiatement mis en branle l' opération boire à peine et souvent et oignons dans les narines.
Je
suis allongé à l' ombre du 4x4 et cela me fait du bien, et en même temps je sens
mes forces m' abandonnées ! J' ai un peu mal dans les articulations, poignets
surtout, je mendie de l' eau sans cesse tant ma soif reste grande... Je resterai
ainsi allongé, plus d' une demi-heure, les hommes bavardant,
et venant de me
voir tous les 5 minutes.
Une
3ème auto s' arrête et heureusement le chauffeur parle un peu français : Il m'
explique qu' il faut que je reste bien avec les oignons comme ça, car
j' ai
manqué d' eau, et il me demande si la moto est en panne. Je lui explique que
non, qu' il faut juste la relever... Il y va avec l' autre chauffeur et ils la
redressent en 2 secondes. Ils la posent sur la béquille et constatent qu 'elle
n' absolument rien.
Je lui demande s' il ne veut pas la ramener à l' oasis tellement je ne me sens pas en état de piloter. Il refuse en me disant qu' il ne sait pas faire de moto, et que l' oasis n' est pas loin... Je lui demande de poser la même question aux autres ! Je serai prêt à payer s' il le fallait pour qu' on me ramène la moto à l' oasis :-)))
Personne ne veut s' en charger ! Le temps a passé et j' ai pu boire petit
à petit pas mal de flotte et je l' ai gardé. Mes sauveurs me font
comprendre
que maintenant il faut y aller.. Je me fais prier, je suis en mode
lopette totale ! Ils m' assurent m' accompagner jusqu'au l' oasis, bien qu 'eux
mêmes
n' aille pas (ils continuent un peu plus loin).
Je
finis par m' extraire de dessous le 4x4, et me relève les jambes un peu
chancelantes. J' enfile le casque et grimpe avec difficulté sur la moto tenue
par 2 hommes ! Contact, elle démarre du premier coup heureusement, sans séances
de tritouillage de la batterie. Je tiens à peine debout sur la moto, maintenant
qu 'ils m' ont lâchés. Il s' agit maintenant de rouler et de la tenir sur le
sable de la piste. Je lâche doucement
l'embrayoir................
La
moto commence à rouler, je suis encadré par deux 4x4 un devant et un derrière.
Heureusement le sable est beaucoup moins épais et j' arrive à maintenir à peu
près la moto. C' est vraiment con que je me sois gamelle une dernière fois, car
la partie difficile était finie !
Je dois rouler à peine à 40 km/h, plus vite je n' aurai pas la force de maintenir la moto. Par moment elle se met à tanguer dangereusement sans que je n' ai la force d'y faire grand chose. J' en suis réduit à jouer au mieux de la poignée de gaz, pour la remettre à peu près dans le bon chemin. J' ai beau essayé de serrer les cuisses et de la tenir des bras, je n' ai pratiquement pas d' énergie. Je la laisse tanguer comme je ne vais pas vite cela n' est guère dangereux, mais je n' ai pas le choix de toute façon.
Je me sens comme vidé de toute mon énergie, sans forces aucunes. Et cette machine qui part sans cesse à droite ou à gauche, dont le guidon se met à tanguer ! Non mais quelle galère ! Qu 'est ce que je fous la (c) JBT ! Je ne vais jamais arriver jusqu 'à l' oasis moi !
Les 4x4 passent à ma hauteur et leur chauffeur me crie des mots d' encouragements. C' est vraiment très sympa de leur part, ils voient bien que je suis exténué ! La scène me fait penser au tour de France, quand dans un col, un coureur à l' agonie, menace de s' effondrer et que le directeur sportif l' invective de sa bagnole. Ça remet un peu de jus au mec, mais s' il est vraiment épuisé, ça ne sert pas à grand chose.
Je m' arrête, et réclame un peu de flotte à boire ! J' y prend goût à l' eau d' outre de mouton ! Quand on a soif, on boirait n' importe quoi ! Bon je ne bois pas n' importe quoi, c' est de l' eau peut-être de citerne et ayant séjourné dans une outre...mais c' est de l' eau potable ! Je ne bois que des toutes petites gorgées bien espacées pour être sur de les garder. Je joue un peu la montre en discutant, mais je ne peux pas abuser non plus de la gentillesse de ces gens qui s' occupent de moi depuis à peu près 2 heures.
Il faut repartir ! Je remonte sur la moto comme on monte sur l' echaffeau. Toujours aussi chancelant, me sentant totalement vidé de mon énergie. Je peine à tenir à l' arrêt et le poids du XT me semble énorme. Le mieux est de rouler, comme ça au moins je n' ai pas à supporter son poids !
Je repars mollement, difficile de dire si c' est la moto qui me tient, ou moi qui tient la moto ! Au loin l' oasis semble se dessiner.. Oui c' est bien lui ! Il était vraiment temps, je ne pourrai pas continuer comme ça longtemps...La piste fait un dernier détour avant de passer devant l' oasis et l' entrée du bled. Les derniers kilomètres sont un enfer : Je suis à moitié groggy, je peine à voir clair, et je roule en seconde à 20 ou 30 km/h...J' ai des crampes dans les mollets, dans les avant-bras aussi. Et je me sens faible, mais faible d' une façon incroyable, comme vidé de toute énergie. Mes muscles se tétanisent et je peine à changer de position les doigts pour débrayer par exemple.
C' est encore assez bizarre comme sensation : Ce n' est pas aussi violent qu 'une crampe, ça serait insoutenable sinon ! Les muscles sont contractés, un peu douloureux, mais surtout on ne peut pas les relâcher. Ils restent totalement crispés dans une position et pour en changer cela est très, très difficile tant ils sont durs et comme bloqués.
Enfin
arrivé à l' entrée du bled, mon escorte donne de grands coups de klaxon de
victoire, les mains s' agitent, je klaxonne aussi, incapable de lâcher le guidon
d' une main et ils continuent leur chemin.. Dire qu 'ils m' ont sauvé la vie, le
mot n' est pas trop fort. Je m' engage avec précautions sur le bout de piste qui
rentre dans le bled, et arrive dans une des
rues.........................
BoBo
YaKomo 2002©
Fais que ton rêve soit plus long que la nuit...